Grandes fêtes au village, troisième chronique de la Société d’histoire des Îles-Percées

Alors que ma seconde chronique amorçait avec vous un retour à l’époque de la villégiature au village de Boucherville (1890-1930), cette troisième chronique vise à vous faire découvrir l’ampleur insoupçonnée des évènements qui, à cette même époque charnière de notre histoire, s’y sont tenus.

Par René Coutu, membre de la Société d’histoire des Îles-Percées, Boucherville

Rappelons d’abord le rôle central qu’a joué Charles Desmarteau (1839-1897) auprès des nombreux hommes d’affaires et professionnels francophones de Montréal qui ont, à son invitation, choisi Boucherville comme lieu de villégiature.

Mais l’implication de M. Desmarteau dans la métamorphose de notre village ne s’arrête pas là. Il fonde avec des amis, dès 1892, le club social et nautique des estivants « La Réunion de Boucherville ». Ce sera là le véritable début de la grande aventure de la villégiature au village.

Cette année-là, le club organisera, le 30 juillet, des régates comportant huit courses d’embarcations à rames et une de natation. En 1893, le club optera pour la formule « régates de nuit ». Puis, fort du succès rencontré, il bonifiera le tout, dès l’année suivante, en organisant ses premières « Fêtes de nuit », concept grandiose qui sera repris en 1895 et 1896.

Prenons maintenant le temps d’évaluer la juste mesure de ce qui se passe alors au village. Pour y arriver, il vous faut d’abord imaginer tous les bateaux à vapeur de la région, nolisés pour amener, à partir de Montréal, des milliers de personnes à Boucherville afin qu’elles puissent prendre part à la fête. Et si les chiffres parlent d’eux-mêmes, on estime à 12 000 le nombre de spectateurs que Boucherville a su accueillir le soir du 13 août 1896. Pour un village de 3 000 habitants, avouons tout de même que c’est beaucoup de monde!

L’accueil fut grandiose. Pour nous en convaincre, rien de mieux que la description fournie par un témoin de l’époque. Je me permets donc de reprendre certains des propos parus à la une du journal La Presse dès le lendemain.

Des cordons de lumières, des guirlandes de lanternes formaient aux îles une ceinture étincelante. De ci, de là quelques capricieuses dispositions des lanternes arrêtaient l’attention d’une façon spéciale. À citer notamment : un gigantesque cadran en lampions, qui marquait l’heure, puis des inscriptions lumineuses, telles que : « Club de Boucherville », « La Presse », etc.

Toutes les maisons des habitants de l’endroit étaient illuminées à profusion, beaucoup plus qu’à l’ordinaire.

Quantité de ballons en feu ont été lancés dans l’air et les feux de Bengale, les pièces pyrotechniques n’ont pas été ménagés.

À n’en pas douter, la fête de nuit de 1896 fut, à bien des égards, l’apothéose des célébrations organisées par « La Réunion de Boucherville ». Il faut, en effet, savoir que M. Charles Desmarteau est décédé en juin 1897 et que cet évènement tragique aura des répercussions majeures sur la villégiature au village. Ce sera notamment la fin des grandes « Fêtes de nuit ». Le club nautique cessera de faire usage du nom « La Réunion de Boucherville » et, dans la foulée de ces changements, on cessera de parler de Boucherville comme de la « Venise canadienne ».

Le club nautique continuera tout de même, mais de façon plus modeste et jusqu’en 1960, à organiser des régates et des soirées dansantes. Il saura même s’adapter aux nouvelles réalités nautiques. C’est ainsi que l’on retrouvera, parmi les 17 courses au programme des régates de 1911, des épreuves pour bateaux à moteur. À cette occasion, on estime que 7 000 personnes sont venues de Montréal pour assister aux compétitions et que bon nombre d’entre elles firent le périple à bord des vapeurs Boucherville et Impérial.

Et si, à la lecture de ce qui précède, vous croyez avoir saisi toute l’ampleur de l’époque de la villégiature au village de Boucherville, notez bien que l’histoire n’a pas dit son dernier mot et que ma prochaine chronique risque fort de vous étonner encore plus!