Hommage à l’intégration avec le premier livre de Sally Zhang
On fête la diversité et la richesse du pluralisme culturel à Boucherville avec le premier livre de Sally Zhang, Les caractères chinois : quand les images sont devenues des mots.
Derrière ce livre, ses pages et ses illustrations se cache une histoire et pas n’importe laquelle. C’est l’histoire d’une famille, un couple et son enfant de 14 ans, arrivée de Shanghai pour s’installer au Québec, à Boucherville, en 2022. C’est l’histoire de l’apprentissage complexe d’une langue, le français. C’est le récit de l’accueil, de l’intégration et de l’implication d’immigrants qui ont choisi le Québec pour en devenir des citoyens.
« Il y a plus de 200 Chinois qui habitent à Boucherville et la plupart sont là depuis plus de 10 ans. » – Sally Zhang.
Un livre, une histoire
Ce qui est frappant, c’est que le livre présenté par Sally Zhang lors de son lancement, qui a eu lieu à la bibliothèque de Boucherville le 7 mars dernier, ne parle pas de son histoire personnelle. Pourtant, il en est le témoin symbolique.
Car c’est bien de symboles dont il est question. Le livre porte sur la compréhension, la description et la prononciation des caractères chinois. Il met en lumière l’opposition entre les systèmes linguistiques du chinois et du français, qui peuvent parfois créer des barrières culturelles.
Dans son apprentissage de la langue française, qu’elle décrit comme une grande expérience de solitude, Sally Zhang a fait face à de nombreuses barrières linguistiques. « J’ai écrit un article qui s’appelle L’île de l’isolement linguistique. J’y parle de ma solitude pendant l’apprentissage du français. Dans ma classe, j’étais la seule Chinoise. Très souvent, je me sentais comme une extraterrestre. »
Progressivement, elle a commencé à mettre des mots sur son expérience. « J’étais toujours coincée dans la difficulté d’apprendre le français, mais je n’avais jamais changé de perspective. On ne peut pas deviner la prononciation d’un caractère chinois seulement en le regardant. Il faut un autre système pour nous aider. » Elle a alors compris que l’apprentissage d’une langue se fait dans les deux sens. C’est ainsi que lui est venue l’idée du livre qu’elle a réalisé en collaboration avec son fils, Junran Yang, et son professeur de français, Luc Chénier. « Il faut comprendre, mais il faut aussi que la personne nous comprenne », déclare-t-elle.
Pont culturel
« Je veux simplement offrir une clé, souligne Mme Zhang. Une clé pour comprendre les caractères chinois, une clé pour créer un petit pont entre la culture des caractères et la culture alphabétique. » Et c’est une réussite, car un pont culturel a bel et bien été bâti lors du lancement du livre. L’événement, qui a réuni plus de 70 personnes en présence du maire, Jean Martel, et du député de la circonscription, Xavier Barsalou-Duval, a été l’occasion pour la communauté chinoise de Boucherville de rayonner par sa richesse et sa diversité. « On a eu droit à des sushis, du thé, des danses, un atelier de peinture sur éventail. Une jeune fille a joué d’une guitare chinoise ancestrale », raconte Luc Chénier, son professeur de français, qui a accompagné Sally Zhang dans la réalisation du livre.
Une culture chinoise bien présente à Boucherville et qui ne demande qu’à s’exprimer. « Il y a plus de 200 Chinois qui habitent à Boucherville et la plupart sont là depuis plus de 10 ans, souligne Sally Zhang. Quand j’ai annoncé mon lancement de livre, tout le monde est venu m’aider. La personne qui faisait de la calligraphie, c’est mon voisin, mais avant ça, je ne savais pas qu’il en faisait! Les gens ont vu ça comme une belle opportunité pour montrer notre culture. C’est très touchant et on apprend à se connaître. »
Pour la francisation
À l’heure où les débats politiques sur l’immigration et la préservation du français sont d’actualité, des histoires comme celle de Sally Zhang semblent pertinentes pour repenser notre rapport à la langue. « Sally fait la promotion du français autant que moi je le fais dans mon enseignement. En trois ans, elle s’est créé un réseau qui contribue à sa francisation et à son intégration, conclut Luc Chénier. Des projets comme celui de Sally gardent ma flamme pour la langue bien allumée. »
