Josée Bournival tient une médiation culturelle à l’école De Mortagne
Josée Bournival, en résidence à l’école De Mortagne, mène son projet de médiation culturelle Maille-mots, Maille-maux en classe d’arts plastiques des élèves de deuxième secondaire. L’objectif, recueillir les maux des adolescents à travers l’art du crochet, tout en ayant comme objectif d’en écrire un livre.
La médiation culturelle a pour objectif de créer un lien entre une structure culturelle et son environnement. C’est ce qu’a décidé de mettre en place Josée Bournival à l’école De Mortagne à Boucherville.
Elle-même citoyenne de Boucherville, elle a eu le plaisir, l’automne dernier, de recevoir une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec, du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation du Québec et de la Ville de Longueuil pour mettre en place son projet. « Je l’ai intitulé Maille-mots, Maille-maux. Je souhaite mailler mes mots aux maux des adolescents », explique-t-elle au journal.
Les enfants de l’autrice fréquentent l’école De Mortagne. C’est ainsi qu’elle a eu l’idée d’entrer en contact avec une enseignante en arts. « Je lui ai fait part de ce projet, où j’avais envie de solliciter les jeunes pour connaître un peu quels sont les maux qui les habitent. Qu’est-ce qu’ils trouvent difficile en lien avec l’adolescence? Quelles sont les situations qui les préoccupent? » Ces maux se traduiront en mots dans un roman que l’autrice prépare. On y retrouvera l’histoire d’une jeune de 15 ans qui s’inspirera de la vie des adolescents de cette classe de secondaire. « Si je me réfère à ce que j’ai vécu lorsque j’étais adolescente, je ne serais pas dans les problèmes que vivent les adolescents d’aujourd’hui. La société n’est pas la même. En étant au milieu des jeunes, cela me permettra de créer une histoire qui sera à leur image, avec des problèmes qu’ils vivent véritablement. »
De la solitude
Dans une première rencontre, l’autrice a invité les élèves à lui écrire leurs maux. « Quand je fais des projets de médiation comme celui-là, je suis toujours fascinée de voir à quel point, peu importe la clientèle approchée, quand on leur donne la parole, quand on leur dit « Ce que tu penses m’intéresse », ça délie les langues et on obtient des confidences très touchantes. J’en avais les larmes aux yeux de voir la confiance qu’ils ont eue à partager des détails intimes de leur vie. »
L’autrice s’est dite marquée par l’absence de dialogue entre les adolescents qu’elle a rencontrés et leur entourage. « Ce que j’ai surtout senti, c’est un énorme besoin d’être entendu, des problèmes de communication de tous genres, autant avec les amis, les adultes qui les entourent, principalement les parents. Je pense que les écrans n’y sont pas étrangers, comme si l’on avait perdu la capacité à juste être face à face, deux humains ensemble, et à se comprendre. Nous sommes dans une société où l’on se plaît à dire que l’on est hyperconnectés, que l’on est toujours en relation les uns avec les autres, mais les jeunes que j’ai rencontrés se sentent terriblement seuls. C’est ce que j’ai beaucoup ressenti à la lecture de leurs textes. » Une solitude qui semble s’accompagner d’une « grande détresse qui vient avec le fait de ne pas savoir à quelle porte aller cogner pour obtenir de l’aide quand j’ai un problème. Je vois là un cri d’alarme. Il faut rétablir les ponts, rétablir les liens avec nos jeunes ».
L’auteure est désormais à la recherche d’entreprises-partenaires qui ont à cœur la santé mentale des enfants et des adolescents pour investir dans ce projet. « Les entreprises intéressées peuvent me contacter via mon site Internet www.joseebournival.com. »
En trois étapes
Après avoir demandé aux élèves de lui confier leurs maux, « Dans une deuxième rencontre, j’ai appris aux enfants le crochet, avec l’aide de l’entreprise Les laines Biscotte, une entreprise de laine située à Saint-Bruno-de-Montarville. L’idée, c’est qu’ils fassent une grande courtepointe collective, comme une espèce de filet social pour se protéger les uns les autres à travers les maux qu’ils peuvent vivre. En fait, c’est un peu comme de l’art-thérapie. On se défait de nos maux à travers les mailles », de nous indiquer Josée Bournival.
Enfin, la troisième étape sera de faire de ce projet une histoire. « J’ai une entente avec Édito jeunesse pour créer une histoire qui s’adressera aux dix ans et plus. Si tout va bien, ce livre sera publié à la fin de l’été. Je suis tellement enthousiaste quant aux réactions que suscite ce projet que je souhaite monter une exposition d’envergure en lien avec Maille-mots, Maille-maux. L’exposition mettra l’accent sur le lien intime entre la pratique d’un art manuel (comme le crochet ou le tricot) et la bonne santé mentale des jeunes. »
