La capitale du boudin

Du 5 au 13 septembre, Boucherville accueillera une nouvelle édition de la Semaine nationale du boudin. L’occasion de revenir sur les origines de cet événement qui a mis la municipalité sur la carte mondiale du boudin. 

On peut sans trop de détour dire que Boucherville est la capitale canadienne du Boudin. Chaque année, c’est ici que sont organisés La Semaine nationale du boudin et le concours annuel des meilleurs boudins au Québec par l’association québécoise du Goûte-boudin de Boucherville (AQGBB), dont le siège social est établi au cœur de la ville.

Mais quel lien unit Boucherville à ce mets ancestral ? Comment une municipalité de la Rive-Sud est-elle devenue l’ambassadrice d’une spécialité culinaire dont les origines remontent à la Grèce antique ? Pour répondre à ces questions nous nous sommes entretenu avec Florence Junca-Adenot, présidente de l’AQGBB.

Des cousins français

Pour comprendre l’attachement de Boucherville au boudin, il faut remonter en 2017, alors que la ville fêtait son 350e anniversaire. « Nous célébrions cet anniversaire avec les villes jumelles de Boucherville, dont Mortagne-au-Perche, en France, d’où était originaire Pierre Boucher, le fondateur de Boucherville », nous explique Florence Junca-Adenot, qui présidait alors l’organisation des festivités.

Or, Mortagne-au-Perche est aussi reconnue comme la capitale mondiale du boudin. « Lorsque les célébrations se sont terminées, nos cousins de Mortagne nous ont proposé que Boucherville poursuive leur mission de promotion du boudin », raconte-t-elle.

De cette proposition est née, en 2018, l’Association québécoise du Goûte-Boudin de Boucherville. « La première activité que nous avons lancée a été le concours du meilleur boudin, inspiré de celui organisé à Mortagne-au-Perche. »

Forte de huit années consacrées à la promotion, à la dégustation et à la mise en valeur du boudin noir de porc, l’AQGBB réunit aujourd’hui plus de 100 membres, dont 72 bénévoles actifs, qui œuvrent chaque année à faire rayonner ce fleuron du patrimoine gastronomique européen et québécois.

Un mets ancestral

Dès sa création, l’association s’est donné pour mission de recenser les boucheries, charcuteries et artisans qui fabriquent du boudin au Québec. « À ce jour, nous avons identifié près de 250 commerces artisanaux qui produisent leur propre boudin, se réjouit  Florence Junca-Adenot. Et, au fil des années, l’intérêt ne cesse de grandir. »

Le concours s’est rapidement imposé comme une référence dans le milieu, devenant à la fois un gage de reconnaissance pour les artisans et un moyen de faire redécouvrir ce produit du terroir. « L’objectif que nous nous sommes fixé était de faire renaître le boudin, l’un des plus anciens mets de notre patrimoine, souligne la présidente de l’association. Il est arrivé en Nouvelle-France avec les premiers colons et les premiers cochons. Nous voulions faire connaître ce mets extraordinaire qu’est le boudin noir de porc. »

Un festival est né

Pour poursuivre cette mission de promotion, les bénévoles ont progressivement élargi leurs activités. « Nous avons cherché une façon de stimuler la création de nouvelles recettes, explique Florence Junca-Adenot. Nous avons ensuite créé la Semaine nationale du boudin et, depuis deux ans, nous l’ouvrons avec un festival. L’an dernier, malgré la pluie, ce fut un immense succès. Neuf artisans étaient présents et plus de 3 750 dégustations ont été servies. »

Cette année, le festival se tiendra le 5 septembre, à la place Lionel-Daunais. Plus d’une dizaine d’artisans y présenteront leurs produits et lanceront officiellement la Semaine nationale du boudin. « Nous voulons que les artisans parlent de leur produit, de ce qu’il représente pour eux, pour leur entreprise et pour la mise en valeur de la gastronomie québécoise. »

Double consécration

Le concours des meilleurs boudins du Québec se déroulera quant à lui en deux temps, la dégustation et l’évaluation auront lieu le 17 octobre, tandis que le banquet de remise des prix se tiendra le 15 novembre, au Centre multifonctionnel de Boucherville.

Les produits seront évalués à l’aveugle par 36 jurés citoyens et six jurés experts. L’an dernier, 55 échantillons provenant de partout au Québec avaient été soumis.

L’édition 2025 a été marquée par un exploit historique, le Café Bistro Saint-Laurent, de Boucherville, a remporté deux Délys d’or, dans les catégories boudin classique et boudin créatif. « Ça n’arrive jamais, souligne la présidente. Les boudins sont évalués de façon entièrement anonyme, alors tout le monde a été surpris. »

Installés dans une maison ancestrale du Vieux-Boucherville, les propriétaires en étaient seulement à leur deuxième participation. Finalistes en 2024 sans décrocher de prix, ils ont complètement renversé la situation un an plus tard.

Pour Florence Junca-Adenot, cette réussite illustre parfaitement l’esprit du concours. « Ils s’étaient mis dans la tête qu’ils voulaient gagner. C’est ça, la création. C’est cet esprit-là qu’il faut stimuler. »

Plus qu’une simple compétition, le concours de l’AQGBB est devenu une vitrine du savoir-faire québécois. Il contribue à faire rayonner le boudin, à encourager la créativité des artisans et à préserver un pan du patrimoine gastronomique québécois.