Le projet J’écris ma vie, raconter pour transmettre

Après trois ans d’écriture et de réflexion, huit aînés de Boucherville s’apprêtent à lancer leur autobiographie dans le cadre du projet J’écris ma vie.

Depuis 2019, grâce au soutien de la FADOQ de Boucherville, une antenne régionale du projet J’écris ma vie (JMV) accompagne des aînés dans la rédaction de leur autobiographie.

Aujourd’hui, une cohorte engagée depuis maintenant trois ans atteint l’aboutissement de son parcours. Huit auteurs s’apprêtent à dévoiler leurs ouvrages lors d’un lancement prévu le 3 mai 2026, de 13 h à 16 h, au Centre multifonctionnel Francine-Gadbois.

Une fête de la mémoire

À Boucherville, plus de 120 aînés participent aujourd’hui aux ateliers JMV, répartis en une dizaine de groupes qui, semaine après semaine, s’attellent à l’écriture de leur récit de vie.

À la croisée du voyage introspectif et du travail collectif, le projet a connu une croissance marquée depuis ses débuts. « On a commencé en 2019 avec un groupe de dix personnes, mais on a dû arrêter à cause de la pandémie, explique Carmen Cardin, responsable de JMV Montérégie. On a repris en septembre 2021, et depuis, nous en sommes rendus à notre onzième groupe. »

L’année 2026 marque une étape importante pour l’initiative. C’est la première fois qu’une cohorte de l’antenne de Boucherville mène son projet à terme. Huit auteurs s’apprêtent ainsi à tenir entre leurs mains le fruit de plusieurs années de travail et à le partager avec le public. « On voit ça comme une fête de la mémoire. Chaque auteur aura sa table avec ses livres, et nous les présenterons un à un », souligne Mme Cardin.

Au-delà de simples récits de vie, ces ouvrages offrent un regard précieux sur l’évolution de la société. « Notre génération a connu tellement de changements. Ce sont des récits de mémoire qu’on laisse à la postérité. »

Un héritage collectif

La démarche dépasse largement l’exercice d’écriture. Elle contribue à valoriser la parole des aînés, à préserver la mémoire collective et à témoigner de la vitalité culturelle de la région. « Ce qui va se passer le 3 mai, c’est le couronnement d’un long voyage intérieur, déclare avec émotion Carmen Cardin. C’est une célébration de la mémoire vivante de notre région et même du Québec pour certains. Ils ont beaucoup travaillé pour arriver à écrire leur livre. »

Pour étendre ce legs, des exemplaires de chaque ouvrage seront remis à la bibliothèque Montarville-Boucher-De La Bruère, ainsi qu’à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BanQ) située à Montréal. « Notre passé nous amène vers le futur. Dans 75 ans, des arrière-arrière-petits-enfants pourront lire le livre de leur grand-mère. » 

Ces publications sont le fruit d’un travail de longue haleine mené sur plus de trois ans. Elles ouvrent la voie à toute une cohorte et à de nombreuses autres parutions à venir. Car si huit auteurs publient cette année, c’est une centaine de participants qui sont au travail. « Certains groupes commencent en septembre, d’autres en janvier. Ce sont des membres de la FADOQ, avec une moyenne d’âge de 65 ans, explique Mme Cardin. On se rencontre toutes les deux semaines. »

Des ateliers pour se raconter

Le fonctionnement est simple, chaque atelier propose une thématique liée à une étape de la vie. Les participants écrivent entre les rencontres, puis partagent leurs textes avec le groupe.

Le parcours s’étend sur trois ans, deux années consacrées à l’écriture, suivies d’une troisième dédiée à l’édition. « On fait 15 ateliers dans la première année et 15 ateliers dans la deuxième. En troisième année, on enlève notre chapeau d’auteur et on met notre chapeau d’éditeur. Actuellement, il y a cinq ou six groupes qui travaillent en même temps mais qui sont rendus à des niveaux différents. On avance de manière chronologique, de la naissance jusqu’aux grandes étapes de la vie, souligne Carmen Cardin. On passe par toutes les étapes et aussi par toutes les émotions. Les gens écrivent à leur rythme, mais au bout de deux ans, ils ont généralement couvert l’ensemble de leur parcours. »

Ces ateliers offrent ainsi un espace bienveillant où chacun peut revisiter son histoire, la comprendre et la transmettre. « Les gens pensent souvent qu’ils n’ont rien à raconter, jusqu’à ce qu’ils commencent à écrire, conclut la responsable du projet, qui s’apprête elle aussi à publier son ouvrage l’année prochaine. Et là, ils découvrent une richesse insoupçonnée. »