L'exposition Disproportions de Sarah Pinard à Boucherville
L’exposition Disproportions de Sarah Pinard à Boucherville
Sarah Pinard lors du vernissage. (Photo : Sarah Pinard) (Photo : Sarah Pinard)
Originaire de Saint-Hubert, Sarah Pinard, 24 ans, est une artiste dont la pratique est nourrie par sa passion pour les sciences sociales et l’histoire de l’art. Son exposition, Disproportion, présentée au Centre multifonctionnel Francine-Gadbois jusqu’au 9 novembre, explore à échelle humaine des enjeux mondiaux, mettant en lumière ce qui est parfois trop grand pour être compris. Entrevue avec l’artiste.
Peux-tu me parler de ta démarche artistique, qu’est-ce qui te pousse à créer ?
Sarah – L’art incarne pour moi un moyen de communication qui entre en jeu là où les mots et les chiffres échouent. J’ai vraiment un intérêt pour la conscience humaine, ses subtilités, sa complexité. Dans le cadre de Disproportion, c’est surtout les limites de la conscience humaine qui m’ont intéressée. Je trouve que l’art est une très belle voie pour explorer cette chose monumentale.
Le titre Disproportion évoque un déséquilibre. Peux-tu me parler de ce choix de nom?
Sarah – Le concept de série renvoie au fait de représenter de manière visuelle des données par rapport à des enjeux sociaux actuels qui sont monumentaux. Pour moi, ces enjeux nécessitent d’être représentés de façon visuelle pour pouvoir être saisis dans leur entièreté et leur importance. Disproportion, c’est un peu un jeu de mots par rapport au fait que regarder ma série en face, c’est presque ridicule, étant donné les ratios que j’utilise et qui n’ont vraiment pas de bon sens, c’est vraiment disproportionné. C’est aussi une manière pour moi de catégoriser le côté alarmant de ces enjeux-là. Il y a des réalités qui sont disproportionnées et on devrait en avoir conscience. Ça donne un certain ton à la série, qui est une approche activiste de dénonciation de certaines choses.
Quels sont les sujets et les enjeux que tu soulèves à travers tes œuvres?
Sarah – Il y en a huit. Ça touche à plusieurs sujets. Ce sont uniquement des problématiques qui ont été étudiée en 2023. Donc, les données que j’ai datent de 2023. Notamment les feux de forêt au Canada, le braconnage de requins, les consommations numériques, les disparitions d’enfants dans les pensionnats autochtones au Canada, le budget de la Ville de Montréal en lien avec l’itinérance face au budget de la SPVM, la quantité d’eau utilisée dans la production de bœuf à consommation humaine, la quantité de déchets produits par l’homme et, finalement, les victimes de mass shootings aux États-Unis. On est vraiment dans le vif du sujet d’enjeux sociaux actuels.
Il y a une infinité de données qui étaient tellement énormes qu’elles n’étaient pas représentables. Je pense notamment à la quantité de victimes qu’il y a eue à Gaza depuis le début de la guerre, qui n’auraient pas pu être représentées, tout simplement parce que c’est un nombre trop astronomique pour être imagé.
Qu’est-ce que cela représente pour toi d’exposer à Boucherville?
Sarah – Honnêtement, j’en suis ravie, c’est un honneur. Quand j’ai créé la série Disproportion, j’avais l’intention qu’elle se retrouve dans des milieux culturels, qu’il y ait une quantité maximale de gens qui puissent la voir gratuitement. Je trouve que c’est une série qui parle beaucoup et je me réjouis de savoir qu’elle a trouvé sa place pour être exposée, surtout dans une ville de la Rive-Sud qui est vraiment mon chez-moi.
Comment vois-tu l’évolution de ta pratique après cette exposition?
Sarah – Ma pratique artistique est assez vaste. En termes de ce que je fais en général, je dirais que Disproportion s’est toujours démarquée. C’est de loin l’œuvre la plus conceptuelle que j’ai faite, c’est vraiment un autre angle que j’ai choisi d’explorer pour réaliser cette série-là. Donc, ma pratique artistique évolue de son côté au niveau des médiums que j’utilise. Même si ça tourne toujours autour de la thématique des relations entre humains.
Disproportion, c’est une série qui est très fixée dans le temps où je l’ai créée, car elle aborde des problématiques qui étaient très actuelles. Par contre, l’intention, ce n’est pas nécessairement d’alerter les gens, mais de leur faire préserver le sentiment qu’ils vont avoir lorsqu’ils se retrouveront face à des œuvres et à des données qui, sans la représentation visuelle, ne pourraient pas s’imaginer.
Sarah Pinard lors du vernissage. (Photo : Sarah Pinard) (Photo : Sarah Pinard)
Vernissage de l'exposition Disproportion. (Photo : Sarah Pinard) (Photo : Sarah Pinard)