Liliane Keeler fait entrer l’art dans le quotidien avec des mosaïques dans la rue

À la Galerie 500 de l’hôtel de ville de Boucherville, l’artiste multidisciplinaire Liliane Keeler présente une exposition singulière qui documente trois années d’interventions artistiques réalisées directement dans l’espace public.

Installée depuis plus de 20 ans à Boucherville, Liliane Keeler choisit de faire dialoguer la mosaïque et l’environnement urbain en insérant de petites œuvres colorées dans les fissures d’un passage pour piétons, entre les rues Louis-J.-Lafortune et Pierre-Conefroy.

Ces mosaïques du quotidien s’inscrivent dans une démarche de longue haleine. Trois années à observer, à choisir les lieux, à assembler les matériaux, puis à intervenir au rythme de la rue. Une façon de tisser, patiemment, un lien artistique avec le quartier, ses habitants et son histoire.

Démocratiser l’art

Diplômée en arts plastiques et en histoire de l’art à l’UQAM, Liliane Keeler a développé une pratique où la matière occupe une place centrale.

Fragments de porcelaine, de verre, de céramique, de marbre ou de vaisselle brisée deviennent les composants d’œuvres inscrites dans une démarche à la fois poétique, humaine et ancrée dans le quotidien.

« Tout a commencé il y a trois ans, j’ai voulu sortir l’art des quatre murs et l’amener dans la rue, se remémore l’artiste. C’est une façon pour moi de démocratiser l’art. J’appelle mes œuvres  »mes mosaïques trottoir ». »

Pour elle, intervenir dans la rue permet de déplacer la création hors des lieux traditionnels de diffusion et d’offrir l’art au regard de ceux qui n’auraient peut-être pas poussé la porte d’une galerie.

« J’aime amener l’art dans la rue où tout le monde peut le voir, pas seulement des amateurs ou des spécialistes. Ce qui me touche, c’est le côté social. »

Engagée depuis longtemps dans la médiation culturelle, Liliane Keeler conçoit son travail comme une manière de transmettre et de partager. Ses actions dans l’espace public prolongent ce souci de rendre l’art accessible et de créer une relation directe entre l’œuvre et les citoyens.

Un geste de réparation et de poésie

L’exposition présentée à la Galerie 500 ne montre pas les mosaïques elles-mêmes, mais les photographies documentant ses interventions. Les citoyens peuvent toutefois se rendre en tout temps dans la rue pour dénicher et observer les œuvres originales.

Ce parti pris permet de révéler le contraste entre la modestie du geste, réparer une fissure, et la puissance symbolique de cette intervention artistique, dont l’immixtion discrète dans le quotidien des passants révèle un dialogue subtil entre l’art et la vie.

« Il y a beaucoup de craques sur les trottoirs. C’est facile à trouver et j’aime le concept de réparer des choses en embellissant l’espace urbain. »

En se réappropriant les imperfections de la rue, l’artiste répare concrètement et symboliquement l’espace public, y intégrant sa couleur, ses formes et sa créativité. Le mot réparer prend tout son sens lorsque Liliane Keeler transmet le vécu derrière certaines de ses œuvres.

« Lors d’une installation, il y a une dame qui est venue me voir et m’a demandé si je pouvais intégrer le nom de son fils, Léo, et de sa fille, Norah, tous deux décédés d’un cancer, témoigne l’artiste. Cette histoire m’a vraiment touchée et j’ai donc créé deux mosaïques pour ces enfants. Ce passage piéton embellit l’espace, mais il est aussi devenu un lieu de mémoire. »

Pour Mme Keeler, ce dialogue spontané entre ses créations, la rue, les passants et leur histoire fait partie intégrante de son œuvre.

Une œuvre qui continue

Membre de plusieurs associations professionnelles et soutenue par des organismes tels que le Conseil des arts et des lettres du Québec ou la Ville de Boucherville, Liliane Keeler poursuit aujourd’hui son travail sur la mosaïque comme vecteur de lien et de réparation.

« Je vais poursuivre mon travail, peut-être dans le Vieux-Boucherville, et sortir de mon passage piétonnier une fois que je serai satisfaite du tout. »

L’exposition se poursuit jusqu’au 30 janvier 2026 à la Galerie 500.