Rencontre avec Myrtha Pelletier

L’artiste peintre Myrtha Pelletier peint avec du café. Le Journal de Boucherville l’a rencontrée.

« Mon œuvre la plus récente, celle-ci, sent encore le café », amorce Myrtha Pelletier, une artiste peintre de Boucherville rencontrée lors du plus récent Circuit des arts de Saint-Bruno-de-Montarville.

Myrtha Pelletier peint à l’acrylique. Plusieurs de ses toiles sont illustrées de peinture noire et blanche. Ce n’est qu’ensuite qu’elle passe à l’étape caféinée pour ajouter un ton de brun à ses tableaux. « Quand j’ai tout fini, j’ajoute du café là où je crois qu’il en manque. Le café accentue la transparence, comme une aquarelle. Le café donne une brillance à mon tableau. J’aime beaucoup l’effet que ça procure », confie-t-elle. Quand on lui demande pourquoi elle n’utilise pas une peinture brune plutôt que du café, celle qui propose aussi de l’art urbain répond qu’une peinture ne donne pas le même résultat que le café.

Elle raconte comment elle s’y prend pour appliquer le liquide. Elle prépare du café instantané, qu’elle dilue ensuite avec de l’eau bouillante. « Il faut que le café devienne sirupeux, comme de la mélasse. Pour un brun foncé, il faut rendre le café sirupeux. Je ne prends pas d’espresso parce que ça le rend plus pâle », explique la Bouchervilloise. 

D’où vient cette technique?

Les gens restent étonnés quand ils apprennent sa technique d’intégrer du café dans ses oeuvres à l’acrylique. « Cela en fait sourire plus d’un, et j’adore l’expression de leur visage lorsque je dis qu’elles sont peintes avec cet élixir qu’est le café », raconte Mme Pelletier. 

Il y a une vingtaine d’années, la femme travaillait surtout l’aquarelle sur papier de coton. Elle a suivi un atelier avec un peintre qui utilisait des ingrédients insolites, comme les œufs, l’eau de Javel, les petits fruits et… le café. « Je me suis laissée tenter par sa démonstration… et ce fut le coup de foudre! J’ai adoré! Pendant quelques années, j’ai réalisé toute une collection d’aquarelles au café sur papier – des « caférelles » », se souvient la principale intéressée.  

Depuis maintenant 16 ans, Myrtha Pelletier a tourné la page de l’aquarelle afin de se concentrer sur la peinture acrylique sur toile. « Jamais je n’aurais cru possible d’y intégrer le café, surtout que j’ai une grande passion pour les tons de rouge et orangé. La toile n’absorbe pas le café, qui reste en surface et risquerait d’effacer mon travail au moindre coup de chiffon. Mais, attirée par la richesse de tonalités et la transparence du café, il me fallait réfléchir. »

Elle a donc expérimenté pour trouver enfin une solution. Le vernis en aérosol fixe la matière et la scelle en permanence.

« Aujourd’hui, j’aime la profondeur et la subtilité que cette technique apporte à mes œuvres », commente Mme Pelletier. 

Démarche artistique

Myrtha Pelletier peint depuis plus d’une trentaine d’années. Sa pratique est née d’une exploration du réalisme auprès de maîtres québécois, puis s’est élargie à des techniques variées. L’encre de Chine, l’aquarelle, le café, la céramique, la photographie, le tissu… L’acrylique sur toile, plus libre et rapide, lui a ouvert un langage spontané, à la croisée de l’abstraction et de la figuration.

Ses œuvres naissent de gestes amples à la spatule ou au pinceau, en couches superposées sur des fonds profonds. Transparences, contrastes et textures construisent un dialogue entre lumière et obscurité.

Ses tableaux sont habités de personnages filiformes, portés par une brise intérieure. Leur présence symbolique évoque la mémoire, l’utopie, la beauté fragile du vivant. Elle peint souvent comme on dessine : d’un seul trait, avec l’intuition du geste juste.

Elle crée ses tableaux avec de l’acrylique, qu’elle dépose à la spatule ou au pinceau sur des fonds sombres. Son procédé créatif émerge de la formation de couleurs vibrantes, intenses et transparentes. Devant la toile, elle réalise des scènes urbaines, locales ainsi que de pays étrangers, et raffole de reproduire musiciens, danseurs et personnalités (David Bowie, Ray Charles, Marylin Monroe…). Le rouge revient aussi abondamment dans son œuvre, parce qu’il s’agit d’une « couleur vivante et joyeuse ».

La peinture la plus noire 

« Ces temps-ci, je peins avec du Musou black. C’est la peinture qui est considérée comme étant la plus noire au monde. Ça vient du Japon », mentionne l’artiste peintre. 

Le Musou black est une peinture acrylique à l’eau. Selon la Bouchervilloise, celle-ci absorbe jusqu’à 99 % de la lumière.

« Comme si ça engloutissait la lumière. Je peins le Musou black avec de l’or ou de l’encre. J’expérimente de tout. Moi, c’est ma passion, la peinture », dit-elle en entrevue.   

Des oeuvres dans le monde

Mme Pelletier utilise l’huile, les encres, l’or, le jute, le Musou – sur bois, toile, coton ou papier de riz. Son travail a été exposé au Québec et ailleurs au Canada. Ses toiles se retrouvent aussi dans des collections privées aux États-Unis, en Europe, au Liban et au Japon.

Elle a aussi réalisé des fresques à portée historique, notamment dans le cadre des festivités du 350e anniversaire de Boucherville.