Samuel Lalande-Markon, traverser le Québec pour habiter le réel
L’auteur et aventurier sera en conférence à Boucherville, le 24 janvier, pour présenter son dernier livre et son documentaire.
Relier le point le plus au sud du Québec à son extrême nord, parcourir près de trois mille kilomètres à travers forêts boréales, territoires habités et immensités glacées. En ski, à pied ou à vélo, c’est le pari audacieux que s’est lancé Samuel Lalande-Markon.
De cette traversée hors norme est né son second livre, publié en novembre dernier, un récit d’expédition qui dépasse largement la performance sportive pour interroger notre rapport au territoire, à la mémoire collective et à nous-mêmes.
En parallèle, un documentaire a également été réalisé. Les deux œuvres, une écrite l’autre filmée, entrent ainsi en complémentarité pour faire découvrir au public la réalité d’un territoire souvent méconnu, mais pourtant bien réel.
« C’est l’aboutissement d’une démarche qui remonte à plusieurs années et qui m’a amené à m’intéresser au territoire québécois, souligne Samuel Lalande-Markon en entretien. Le projet cinématographique est vraiment venu enrichir le projet d’écriture. »
Voyage intime
Quand on lui parle, on comprend rapidement que Samuel Lalande-Markon n’est pas un aventurier comme les autres.
La définition qu’il fait de sa profession est d’ailleurs pertinente et elle illustre bien les spécificités de son ouvrage.
« L’aventure, historiquement, c’est un concept qui est lié au danger et au hasard, qui est presque péjoratif, nous explique-t-il. Moi, j’aime bien me référer à la définition du philosophe Vladimir Jankélévitch, qui dit que l’aventure est le surgissement de l’avenir. Pour moi, l’aventure, c’est aller à la rencontre de l’inédit, de l’inconnu, qui peut être à la fois en nous et à l’extérieur de nous. »
Ainsi, l’explorateur ne se contente pas de voyager vers l’inconnu spatial. À travers son aventure, il interroge ses propres perceptions, leurs origines, et s’explore lui-même.
« Ce rapport de proximité, mais aussi de distance avec le territoire, m’intéressait beaucoup, ajoute-t-il. Tant d’un point de vue poétique, par le regard qui est projeté sur les choses, que sur le plan sociopolitique, parce que le Nord du Québec, historiquement, ne fait pas partie de la province du Québec. »
D’emblée, le ton de l’ouvrage est posé. Le mouvement devient réflexion, et chaque pas mène l’aventurier à une interrogation aussi bien extérieure qu’intérieure.
Territoire méconnu
Dans son livre, l’auteur donne à voir un Nord québécois bien différent des images figées qui peuplent l’imaginaire collectif. Au fil des kilomètres, ce sont surtout les rencontres humaines qui jalonnent le récit.
« Je donne la parole aux gens qui habitent ces territoires et qui sont assez nombreux. Il y a notamment plusieurs personnages des communautés cries et inuites, raconte-t-il.
Je ne voulais pas m’approprier leur parole. Donc, il y a des transcriptions de dialogues que j’ai eu la chance d’avoir avec eux. »
Ces visages, ces voix, ces fragments de vie ancrent le voyage dans une réalité concrète, rappelant que même les espaces les plus vastes et reculés sont avant tout des lieux vécus, avec leur histoire, leurs connaissances et leurs réalités.
Rencontre à Boucherville
Samuel Lalande-Markon sera de passage à Boucherville, le 24 janvier à 20 h 30, à l’occasion de la 3e édition de la Nuit de la lecture à la bibliothèque Montarville-Boucher-De La Bruère.
Il proposera une conférence au cours de laquelle il reviendra sur cette expédition hors norme, dévoilera des images, des extraits de son livre et les réflexions qui ont émergé au fil du chemin.
Une occasion rare de rencontrer un auteur pour qui l’aventure n’est pas une fuite, mais une manière d’apprendre à habiter le territoire en le comprenant.
