Une tragicomédie délirante

Le Théâtre Jankijou remonte sur les planches en mars 2026 avec une tragicomédie engagée et 100 % québécoise.

C’est un retour très attendu pour la troupe bouchervilloise, qui a connu sa plus belle année en 2025 grâce au succès flamboyant de sa pièce Le Grincheux de Noël, présentée en décembre dernier devant près de 1 200 spectateurs.

« Trois des cinq représentations ont affiché complet, se souvient avec fierté Mario Gladu, président de l’OBNL et acteur au sein de la troupe depuis 2012. C’est une première pour nous en 35 ans d’existence! »

Fort de ce résultat sans précédent dans l’histoire de la troupe, fondée dans les années 1990, le Théâtre Jankijou s’apprête à présenter sa nouvelle production, Les vicissitudes de Rosa, au Centre multifonctionnel Francine-Gadbois, du 5 au 8 mars prochains.

Une troupe en or!

La troupe Jankijou, qui compte entre 30 et 50 membres amateurs, propose chaque année trois productions : un spectacle familial à Noël, une pièce québécoise et une création plus libre.

« On a l’habitude de monter une pièce québécoise par année et, pour début 2026, on a choisi Les vicissitudes de Rosa, de Roger Dumas, nous explique Mario Gladu en entretien. C’est une pièce qui date de la fin des années 1960 et qui, pour l’époque, était quand même assez revendicatrice. »

Des personnages disparates

L’action se déroule en huis clos, dans une sorte de maison-asile où cohabitent des personnages colorés et disparates.

« Le décor est minimaliste, nous décrit M. Gladu. Tout se passe chez madame Féducie, qui accueille les personnages dans sa maison. »

On y croise une bonne en costume militaire rêvant de devenir patineuse à roulettes, deux bigotes, une travestie, une lesbienne romantique, une ex-danseuse de cabaret et Rosa, une ancienne prostituée.

C’est alors que l’arrivée d’une psychiatre obsédée vient bouleverser l’équilibre fragile de ce microcosme.

« Les personnages sont quand même assez forts. Jusqu’à la scène finale, on se demande toujours où l’on est réellement, nous explique l’acteur. Est-ce un asile, un hôpital psychiatrique ou bien la tête de Rosa? On ne le saura qu’à la fin de la représentation. »

Une pièce revendicatrice

À travers l’absurde et l’excès, le texte, mis en scène pour l’occasion par Patrick David Campbell, propose un regard profondément humain, teinté de féminisme, sur des personnages souvent relégués aux marges de la société.

« C’est une pièce féministe. On l’a aussi choisie parce que, sur nos 35 comédiens, seulement sept sont des hommes, précise Mario Gladu. On cherche donc des œuvres avec une majorité de rôles féminins. »

Un ancrage historique

Située en 1970, Les vicissitudes de Rosa nous ramène dans une période charnière de l’histoire québécoise.

À cette époque, le Québec, qui sort tout juste de la Grande Noirceur, s’émancipe à la suite de la Révolution tranquille, tout en demeurant sous l’influence d’un poids religieux omniprésent qui imprègne le récit.

Argent, sexualité, religion, guerre et famille traversent ainsi la pièce de part en part, offrant une réflexion qui, plus de 50 ans plus tard, demeure étonnamment actuelle.

« Ça permet de découvrir une réalité qui existait il y a à peine 50 ans et de mieux comprendre la vie de nos parents et grands-parents au moment de la Révolution tranquille, notamment par le rejet de la religion catholique au Québec, déclare Mario Gladu. Il y a beaucoup de drôleries dans la pièce, mais aussi un côté tragique, particulièrement dans la chute. »

Malgré des personnages marqués et des thématiques fortes, le texte s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux adolescents, grâce à l’humour de la comédie et à la force du drame.

Un rendez-vous culturel

Avec Les vicissitudes de Rosa, le Théâtre Jankijou poursuit sa mission, offrir au public bouchervillois un théâtre accessible, engagé et profondément ancré dans la culture québécoise.

« Il nous reste encore sept ou huit répétitions avant la première », conclut Mario Gladu, plein d’entrain.

Pour cette production, le théâtre Jankijou sera représenté par Carole Gauvin (Madame Féducie), Josianne Gagné (Anne de Freud), Carolyne Dumont (Chiquita), Guylaine Monzerol (Georges), Pierrette Lacourse (Mlle Trottoir), Rita Parent (Mlle Larue), Emmanuelle Valois (Alice), Mario Gladu (Alléluia) et Cassie Bourgeois (Rosa). 

La pièce sera présentée les 5, 6 et 7 mars à 20 h, ainsi que le dimanche 8 mars à 14 h, au Centre multifonctionnel Francine-Gadbois. La billetterie est ouverte et accessible en ligne. Tous les fonds récoltés serviront à financer la troupe qui est une OBNL.