Chronique environnement : défis, enjeux et succès de conservation dans nos parcs nationaux
Saviez-vous que les parcs nationaux québécois trouvent leur origine dans plus d’un siècle d’évolution de politiques en matière de conservation? Au Québec, l’idée de territoires voués à la protection de la faune, de la flore et du patrimoine historique apparaît à la fin du XIXᵉ siècle. Toutefois, leur forme actuelle, axée sur la conservation, la mise en valeur et la sensibilisation, résulte surtout des transformations survenues dans les années 1970, 1980 et 1990.
L’année 1977 marque un jalon majeur avec l’entrée en vigueur de la Loi sur les parcs, qui définit officiellement ce qu’est un parc national, qui établit la conservation comme objectif prioritaire et qui encadre les activités permises. À l’époque, ce cadre moderne ouvre la voie à une gestion plus cohérente et rigoureuse des milieux naturels protégés.
La Sépaq
C’est dans cet élan que naît, le 20 mars 1985, la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq). D’abord responsable de certains établissements touristiques et de réserves fauniques, elle se voit ensuite confier la gestion des parcs nationaux. Depuis, l’organisme a évolué, tout comme les territoires qui lui ont été confiés. Aujourd’hui, la Sépaq regroupe 24 parcs nationaux, 13 réserves fauniques et 8 établissements touristiques. Lors de votre prochaine visite, peut-être croiserez-vous quelques-uns des 3400 employés du réseau?!
Les deux parcs nationaux de proximité pour les résidents de la Montérégie, le parc national des Îles-de-Boucherville et le parc national du Mont-Saint-Bruno, ont eux aussi connu des transformations importantes.
Dès la création du parc national des Îles-de-Boucherville, un vaste travail de reboisement est entrepris pour restaurer des milieux perturbés par le passé agraire et par les travaux liés au pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine. Les plantations des années 1980 et 1990 ont ainsi posé les assises de la forêt actuelle.
Aujourd’hui, des défis d’un autre ordre exigent de poursuivre régulièrement ce travail de reboisement : ravages de l’agrile du frêne, surbroutement par le cerf de Virginie, activité des castors, reprise graduelle des terres agricoles restantes. Ces enjeux influencent directement la santé des peuplements forestiers qui se retrouvent ça et là, sur les 8,14 km² que font le parc.
Espèces en situation de précarité
Les années 2000 mettent l’accent sur les espèces en situation de précarité. L’équipe de conservation mène notamment des études sur la couleuvre brune, dont la population menacée inquiète pour sa génétique en contexte d’insularité. Aujourd’hui, le statut précaire demeure, mais la population de ce joli reptile, elle, démontre une belle stabilité.
À partir de 2005, nouveauté : les partenariats avec des chercheurs universitaires se multiplient. Les parcs nationaux deviennent au fil du temps de véritables laboratoires en plein air, accueillant chaque année environ 200 projets scientifiques à l’échelle du réseau, dont plusieurs dans les deux parcs montérégiens. Plusieurs de ces projets portent par ailleurs sur les oiseaux : le grand pic, le goglu des prés et le hibou des marais font actuellement l’objet de suivis en collaboration avec des équipes de recherche spécialisées.
Au parc national du Mont-Saint-Bruno, les défis de conservation ont eux aussi évolué. L’érablière à caryer, cœur écologique du parc, montre aujourd’hui des signes de vieillissement en certains endroits. Les ravages de l’agrile du frêne et le passage de la spongieuse, en 2021, ont là aussi provoqué la nécessité de reboiser afin d’assurer la régénération future.
Ceux qui fréquentaient le parc il y a vingt ans se souviendront aussi des trilles qui tapissaient autrefois les pentes de la montagne. Depuis plusieurs années, la flore des sous-bois fait face à plusieurs pressions : surbroutement là aussi, perte d’espèces indigènes au profit d’espèces exotiques envahissantes, et piétinement causé par certains usagers, notamment les adeptes de vélo tout-terrain qui sortent des sentiers.
Malgré cette nostalgie, l’espoir demeure : un projet d’exclos, des clôtures empêchant l’accès aux herbivores, vise aujourd’hui à permettre à la banque de semences naturelles de se régénérer dans certains secteurs du parc. Ces interventions pourraient favoriser le retour de plantes emblématiques des sous-bois montérégiens, notamment, hormis les trilles, une foule de plantes printanières, telles le sceau de Salomon (Polygonatum pubescens), et la sanguinaire du Canada (Sanguinaria canadensis).
Malgré tous ces défis contemporains, les deux parcs nationaux continuent d’incarner leur mission première : protéger des milieux représentatifs de la biodiversité du Québec et offrir de lieux de découverte et de ressourcement pour des milliers de visiteurs.
Chaque jour, au fil des saisons, élèves, marcheurs, canoteurs, joggeurs, cyclistes, raquetteurs, observateurs d’oiseaux ou simples amoureux de la nature y trouvent un espace pour bouger, se rencontrer, se déposer, s’émerveiller. C’est sous cette lorgnette – celle de la contemplation – que je vous invite à redécouvrir vos parcs nationaux. Déambulez dans les sentiers, l’ouïe attentive, puis prenez une pause sur le mobilier du parc : là, immobile mais les sens en alerte, imprégnez-vous un instant du milieu naturel qui vous entoure. Vous y trouverez alors peut-être l’essence même de la création de ces territoires : un équilibre fragile entre protection, connaissance et émerveillement, porté par des décennies d’efforts pour préserver l’âme des lieux.
