Chronique environnement : qu’est-ce qu’un parc national?
Si vous fréquentez régulièrement le parc national des Îles-de-Boucherville, vous avez probablement déjà croisé Jean.
Écrit par Benoît Plantard
Coordonnateur de la conservation et de l’éducation
Parcs nationaux des Iles-de-Boucherville et du Mont-Saint-Bruno
Jean est gardeparc patrouilleur au parc depuis son ouverture et fait partie de ces employés dont la mission dépasse de loin la simple surveillance. Un jour, il m’a montré les billets d’inauguration qu’il a précieusement conservés et m’a raconté qu’à l’époque, il n’y avait presque pas un arbre. Par beau temps, on pouvait voir d’un bout à l’autre du territoire. Aujourd’hui, quand on marche dans ce parc dense et vivant, à quelques minutes de Boucherville, c’est à peine imaginable.
Jean a fait sa carrière dans ce territoire. Il n’est pas une exception dans le réseau des parcs nationaux québécois. Il en est, d’une certaine façon, le symbole le plus juste.
Parce qu’un parc national, ce n’est pas qu’une désignation sur une carte. C’est un choix de société. Et ce choix, au Québec, a un visage, souvent celui de gens qui ont grandi près de ces lieux, qui y sont entrés un jour et qui ne les ont plus quittés.
Ce qu’est un parc national, et ce que ça n’est pas
Au Québec, un parc national est d’abord un acte législatif. La Loi sur les parcs, adoptée en 1977, lui confère une mission double : protéger de façon permanente des milieux naturels représentatifs du territoire québécois, et les rendre accessibles au public à des fins d’éducation et de récréation. Ni foresterie, ni chasse, ni extraction. Le cadre légal est clair et contraignant. La pêche, elle, fait exception : elle est permise dans les parcs nationaux québécois, mais encadrée par une réglementation stricte.
Ce statut place la grande majorité des parcs nationaux québécois dans la catégorie II de l’Union internationale pour la conservation de la nature, aux côtés des parcs nationaux de partout dans le monde qui répondent aux mêmes critères.
Une confusion revient souvent : les gouvernements provincial et fédéral utilisent tous deux l’appellation « parc national ». Les parcs du Québec relèvent de la loi provinciale. Les parcs du Canada (de la Mauricie, Forillon) relèvent d’une loi fédérale distincte et sont administrés par Parcs Canada. Deux réseaux, deux lois, deux missions qui se recoupent sans se confondre.
Qui en prend soin
Depuis 1999, c’est la Sépaq (la Société des établissements de plein air du Québec, une société d’État) qui gère le réseau des parcs nationaux provinciaux. Mais derrière ce mandat institutionnel, ce sont des gens. Il y a ceux que l’on voit (les gardes-parcs patrouilleurs, les naturalistes, les personnes au service à la clientèle, à l’entretien) et toute la fourmilière de métiers qui font fonctionner cette énorme machine tous les jours.
Un parc national ne s’installe pas dans une région comme on pose un décor. Il s’y enracine, dans le tissu social, économique et culturel du milieu qui l’entoure. Quand le territoire recèle des vestiges historiques (une ancienne ferme, une trace du passé industriel), c’est le parc qui en devient le gardien et qui a la responsabilité de rendre cette histoire aux gens d’ici.
C’est ça, l’ancrage d’un parc national. Pas une frontière qui sépare la nature du reste du monde, mais un fil qui les relie.
Un territoire pour vous
Les parcs nationaux québécois ne sont pas nés par accident. Ils sont le résultat d’un choix collectif, répété et confirmé à chaque génération, celui de préserver des morceaux de territoire pour tout le monde. Un choix inscrit dans la loi, qui garantit que ces espaces demeureront protégés, indépendamment des tumultes politiques ou autres.
Ainsi, les îles de Boucherville existaient bien avant la création du parc. C’est en 1971, grâce à la mobilisation citoyenne, dont celle d’Anthony – dit Tony – Le Sauteur, menant au projet Un fleuve, un parc, lequel vise la protection des rives et des 110 îles du fleuve Saint Laurent, entre Montréal et Sorel, que le gouvernement du Québec acquiert ces îles qui, protégées et aménagées, deviennent en 1984 le parc national des Îles-de-Boucherville.
Si la loi protège le territoire, c’est notre regard qui lui donne sa valeur. Devenir visiteur d’un parc national, c’est aussi en devenir l’ambassadeur. Apprendre à observer sans déranger, comprendre l’équilibre fragile d’un milieu comme celui des îles de Boucherville ou des autres parcs nationaux ou milieux naturels, partager cette conscience environnementale avec le plus grand nombre de personnes et la transmettre aux générations futures afin d’en assurer la pérennité.
