Lancement du projet Rando qui rassemble

Face aux inégalités d’accès au plein air, Rando qui rassemble veut changer la donne. 

Accéder au plein air, ce n’est pas une évidence pour tous. Entre les coûts élevés, le manque d’équipement ou l’absence de repères, la longue randonnée demeure hors de portée pour bien des jeunes. Pourtant, il s’agit d’une activité aux nombreuses vertus.

C’est précisément ce constat qui a mené à la création de Rando qui rassemble, un programme d’éducation aux longues randonnées sac à dos pensé pour démocratiser l’accès à la nature et mis en place par Bobby Villeneuve Fontaine, chargé de projets et spécialiste plein air pour l’organisme Fous de Nature, situé à Boucherville.

Démocratiser le plein air

Destiné en priorité à des jeunes vivant des inégalités d’accès au plein air, qu’elles soient financières, sociales ou liées à leur milieu de vie, le programme propose une approche complète et inclusive. « C’est un projet qui vise les écoles secondaires en milieu défavorisé, résume Bobby Villeneuve Fontaine en entretien. L’idée, ce n’est pas seulement de faire du camping, mais de comprendre les différents aspects techniques du backpacking. Je veux démocratiser le backpacking au Québec. »

Ici, il ne s’agit donc pas simplement de participer à une sortie encadrée. Bien au contraire, chacun des jeunes est invité à devenir acteur de sa propre aventure. Préparation physique, planification d’itinéraire, compréhension de l’équipement, autonomie en milieu naturel, chaque étape est intégrée dans un parcours éducatif qui valorise l’apprentissage et la prise de confiance.

« Ce sont les jeunes qui choisissent, au lieu de se faire imposer, explique le chargé de projets. On construit le programme directement avec les groupes en situation de décrochage. On leur laisse choisir l’expérience qu’ils veulent vivre, programme culinaire, longue marche, trail, sommets. On voit en groupe ce que l’on a envie de faire et on construit notre expérience autour de ça. »

L’un des piliers du projet repose sur l’élimination des barrières à la participation. Aucune expérience préalable n’est requise, et tout l’équipement technique nécessaire est fourni. Une manière concrète de s’assurer que la motivation, et non les moyens financiers, est le seul prérequis. De plus, l’aspect théorique du backpacking permet aux jeunes de poser un regard éclairé sur la pratique et de se l’approprier. « L’équipement est très dispendieux, regrette Bobby Villeneuve Fontaine. On veut enlever cette barrière en apprenant aux jeunes à comprendre ce qu’ils font, afin qu’ils soient en mesure de privilégier ce qui est essentiel dans leur pratique et ce qui ne l’est pas. »

Apprendre autrement

Le fait d’apprendre en extérieur constitue également une approche porteuse pour ces élèves habitués aux salles de classe et à un programme scolaire prédéfini. Selon Bobby, les bienfaits de cette méthode d’apprentissage sont considérables. « C’est un apprentissage technique au sein duquel ils touchent à beaucoup de choses. Apprendre en extérieur, sortir en nature, c’est scientifiquement prouvé que ça aide à la compréhension. On s’attend à ce que ce soit vraiment positif. Quand on se fie aux études, il s’avère que c’est très bénéfique pour ces jeunes. Ils apprennent quelque chose de concret et de pratique qu’ils peuvent mobiliser au quotidien. »

Appel aux écoles

Pour sa première année, Rando qui rassemble ambitionne de rejoindre cinq écoles, avec des groupes d’une douzaine de participants chacun. « Comme c’est une année pilote, on n’a que cinq écoles en termes de places », précise le chargé de projets.

Le projet ne se limite pas à Boucherville, même si Bobby aimerait y inclure des écoles de la municipalité, auxquelles il lance un appel. Une première collaboration est déjà en place avec l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau, à Montréal, où le programme sera déployé auprès d’un groupe de jeunes en situation de décrochage scolaire.

À noter que le projet, flexible, s’adapte aux besoins des écoles. « Les sorties dépendent de l’entente que l’on a avec chaque établissement. La majorité des activités se déroulent à l’extérieur, peu importe la météo. On apprend à être confortable dans l’inconfort. »

Soutien et financement

Le projet bénéficie également d’un appui solide du milieu. Des organisations reconnues comme Rando Québec, Sans trace Canada et Durston Gear soutiennent déjà l’initiative. « Ensemble, on va essayer de faire découvrir le territoire québécois aux jeunes et leur apprendre à le faire en en prenant soin, se réjouit Bobby Villeneuve Fontaine. On n’a pas besoin de saccager le paysage pour en profiter. » À cela s’ajoutent plusieurs lettres d’appui provenant de maisons de jeunes du grand Montréal, signe d’un besoin réel et bien identifié sur le terrain.

En parallèle, une campagne de sociofinancement a été lancée afin de constituer une bibliothèque d’équipement de backpacking. L’objectif est simple, maintenir les coûts au minimum et assurer la pérennité du programme. Car si le projet se limite à cinq écoles cette année, il a vocation de s’étendre. « Pour l’instant, dans l’équipe de Fous de Nature, je suis la seule personne à avoir toutes les qualifications. Mais si l’on voit que ça fonctionne bien, on sera en mesure d’acheter plus d’équipement, d’agrandir notre bibliothèque, d’engager du personnel et, à ce moment-là, d’accueillir davantage d’écoles. »

Au-delà des chiffres, l’initiative porte une vision claire, rendre la nature accessible, inclusive et formatrice. En mettant l’accent sur l’autonomie, le dépassement de soi et la découverte, Rando qui rassemble trace un sentier où chacun peut trouver sa place, peu importe son point de départ.