Les pygargues du parc national des Îles-de-Boucherville
Le parc national des Îles-de- Boucherville abrite, depuis plusieurs années, l’emblème national des États-Unis : le pygargue à tête blanche. Sophie Tessier a accepté de nous accompagner sur le territoire de cet oiseau rare et flamboyant.
On pourrait croire que le pygargue à tête blanche, qui peut dépasser les deux mètres d’envergure, ne passe pas inaperçu. Pourtant, même si son habitat est situé en Amérique du Nord, il se fait rare et discret au Québec, où il est classé comme espèce « vulnérable ».
Les récits concernant le rapace dans la région tournent souvent autour de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’oiseau. Pourtant, à Boucherville et ses environs, sa silhouette est de plus en plus souvent aperçue, et parfois même davantage par les visiteurs du parc national des Îles-de-Boucherville. « Entre 2021 et 2024, le couple de pygargues vient nicher dans le même nid. Cette année, on ne les a pas vus l’utiliser, ils ont réaménagé quelque part à proximité », nous explique Sophie Tessier, coordonnatrice en conservation et éducation du parc national des Îles-de-Boucherville. Elle a accepté de nous mener sur le terrain du pygargue, mais sans dévoiler tous ses secrets. « Il y a des visiteurs du parc qui viennent à l’accueil pour demander où se trouvent les pygargues. Mais comme c’est une espèce vulnérable, on leur dit qu’il est là, mais on ne précise pas forcément l’endroit exact. On veut qu’il ait un peu de tranquillité. S’il y a trop de dérangements, ils peuvent partir. Il y a deux ans, la nouvelle s’est vite ébruitée et on a observé des attroupements de personnes au pied du nid. C’est peut-être pour cela qu’il a changé d’endroit. »
Le même nid
Ces oiseaux majestueux sont monogames et aiment nicher au même endroit année après année. « Il a été documenté que certains nids ont été utilisés pendant 50 ans. Le nid peut ainsi atteindre une épaisseur de 5 à 6 mètres et un poids de 2 tonnes », précise la biologiste de formation.
Sur le chemin de la rencontre avec le géant des airs, les yeux rivés vers le ciel pour le voir en plein vol, le parc de la Sépaq en a profité pour nous dévoiler toute sa diversité. Un oiseau au loin, avec de larges ailes déployées, survole le site. « C’est un urubu, on les reconnaît avec leurs ailes en forme de V en vol », signale l’amoureuse des oiseaux, qui en profite pour nous donner les caractéristiques du vol du pygargue. « Il est facile de le distinguer, car ses ailes dessinent une ligne plane en vol. Il utilise beaucoup les courants ascendants pour prendre de l’altitude et voler sans s’épuiser. » Un peu plus loin, l’identification de l’urubu ne laisse plus de doute. Sur le toit d’une vieille grange, ils sont plusieurs à prendre le soleil.
En mode furtif, un épervier de Cooper nous survole à grande vitesse. Seule l’experte a eu l’occasion de l’identifier sans hésitation.
Toujours sur le chemin de l’espoir de faire la grande rencontre, nous nous arrêtons pour observer une dizaine de dindons sauvages, qui ne semblent pas effarouchés par notre présence.
Un peu plus loin, un grand héron est perché sur ses pattes, immobile, attendant que son repas vienne à portée de bec.
L’endroit, si proche de Montréal, se transforme en volière à ciel ouvert pour ceux qui veulent prendre le temps d’admirer la faune du Québec.
Perché sur sa branche
En arrivant sur les lieux, nous savions que nous n’aurions qu’une chance infime de rencontrer l’oiseau recherché. Le nid, toujours perché au sommet d’un peuplier, est vide, comme nous l’appréhendions. À l’horizon, aucune ombre de l’oiseau. Sophie, qui connaît toutes les habitudes du pygargue, oriente notre regard vers une branche un peu plus loin. Une masse est visible dans l’arbre. En se redressant, sûrement après avoir vu ou entendu notre présence, la tête blanche et le bec jaune, caractéristiques de l’oiseau, se dévoilent. Après quelques minutes, il déploie ses ailes et nous quitte. Plus tard, en vol, ce sera au tour d’un juvénile, lui tout brun, de nous survoler.
Oiseau protégé
L’oiseau est aujourd’hui protégé après avoir failli disparaître dans les années 50. « Cela a été beaucoup attribué aux pesticides. À partir des années 70, le DDT a été progressivement abandonné au Canada en raison des préoccupations environnementales. Avec l’accumulation du pesticide dans les proies que le pygargue mange, son œuf se brisait ou les parents devenaient stériles. »
À Boucherville, depuis 2021, le couple a ainsi élevé plusieurs jeunes, en moyenne deux par année, qui ont adopté une nouvelle destination, peut-être dans les environs. « Les juvéniles de l’année doivent attendre cinq ans, en moyenne, pour atteindre la maturité, caractérisée entre autres par le distinctif plumage blanc aux extrémités. Il mange surtout du poisson, mais il se nourrit à peu près de tout. Il peut même, à ses heures, être charognard », de préciser notre guide.
Du côté de Chambly, le long de la rivière Richelieu, d’autres pygargues ont été aperçus. Peut-être la progéniture du couple bouchervillois.
