Les tiques en Montérégie, entretien avec la Direction de santé publique
En 2025, la Direction de santé publique de la Montérégie a recensé 230 cas de maladie de Lyme sur son territoire. Un nombre en hausse qui témoigne de l’implantation durable des tiques dans la région.
Ces dernières années, les tiques se sont imposées dans les préoccupations des Québécois. Qui ne connaît pas quelqu’un qui en a déjà retrouvé une dans les plis d’un vêtement ou, plus inquiétant encore, accrochée à sa peau après une promenade en forêt ou une activité de plein air ?
Phénomène désormais bien connu et redouté, les risques associés à leurs piqûres et les moyens de s’en protéger demeurent mal compris pour beaucoup.
Pourtant, les cas de piqûres et les infections transmises par les tiques sont en hausse en Montérégie. En quelques années, la région est devenue l’une des plus touchées au Québec. Avec l’augmentation des températures liée aux changements climatiques, les nombreux boisés du territoire offrent des conditions favorables à l’établissement et à la prolifération de ces petits arthropodes.
Afin de mieux comprendre les enjeux liés à cette propagation, nous nous sommes entretenus avec la Dre Camille Guillot, médecin-conseil à la Direction de santé publique de la Montérégie.
« L’ensemble de la Montérégie est endémique pour la maladie de Lyme. » – Camille Guillot
Observe-t-on une augmentation de la présence des tiques en Montérégie ces dernières années?
Il y a plusieurs espèces de tiques au Québec, mais c’est vraiment la tique à pattes noires que l’on a tendance à observer. C’est la tique qui a la capacité de transmettre certaines maladies aux humains, notamment la maladie de Lyme, l’anaplasmose et la babésiose.
Originaire du nord-est des États-Unis, elle s’est progressivement établie vers le nord en raison des changements climatiques et des modifications apportées aux milieux naturels. Sa présence est documentée au Canada depuis les années 1970 et au Québec depuis le début des années 2000.
En Montérégie, sa progression s’est surtout accélérée à partir de 2010. Aujourd’hui, toute la région est considérée comme endémique, même si la densité des populations varie d’une année à l’autre.
Quelle est l’ampleur du problème de santé publique aujourd’hui?
Les maladies liées aux tiques sont des maladies à déclaration obligatoire. Dès qu’un patient obtient un résultat positif, nous en sommes automatiquement avisés.
Par contre, il est difficile de mesurer le nombre de personnes qui se font piquer. C’est certain qu’il y a plus de personnes qui se font piquer que de personnes qui développent la maladie car il faut environ 24 heures pour que la maladie soit transmise à la personne. Donc, si l’on retire la tique assez rapidement, les risques de développer une maladie diminuent de façon très importante.
On parle de 230 cas de maladie de Lyme en 2025 en Montérégie. Pour l’anaplasmose, on compte 13 cas, mais on prévoit qu’il y en aura davantage dans les prochaines années, car c’est une maladie émergente qui risque de progresser avec les changements climatiques.
C’est le sud du Québec qui est le plus touché, et les deux régions les plus à risque sont la Montérégie et l’Estrie.
Boucherville est-elle une municipalité particulièrement touchée par les tiques?
Nous avons des règles de confidentialité des données. Tout ce qui est à l’échelle des municipalités ne peut donc pas être partagé.
Cependant, pour la Montérégie, nous considérons que le risque est élevé sur l’ensemble du territoire. Certains milieux sont plus propices, notamment les boisés.
On estime que 50 % des personnes qui contractent la maladie de Lyme l’ont fait sur leur propre terrain. Lorsque les gens vont se promener dans les bois, ils sont généralement plus prudents que lorsqu’ils jardinent chez eux.
Dans quelle mesure les changements climatiques expliquent-ils l’expansion des tiques au Québec?
C’est une question de chaleur. Pour que la tique complète son cycle de vie, elle doit accumuler suffisamment de chaleur, ce qui lui permet de se développer. Maintenant qu’il fait plus chaud vers le nord, les populations peuvent s’y établir.
Pourquoi la tique pique-t-elle les êtres humains?
Les tiques se nourrissent deux à trois fois au cours de leur vie et leur repas est constitué de sang. Elles doivent piquer un hôte afin d’obtenir le sang qui leur permettra de grandir. Généralement, lorsqu’elles sont jeunes, elles privilégient les animaux sauvages. En devenant adultes, elles peuvent aussi piquer les humains.
Pourquoi propagent-elles la maladie?
Lors de leur premier repas, il arrive que les tiques ingèrent une bactérie si l’animal dont elles se nourrissent est infecté. La bactérie demeure dans leur organisme, s’y multiplie et, lors d’un repas de sang ultérieur, elle est transmise au nouvel hôte.
Quels sont les impacts de cette maladie sur l’être humain?
C’est une maladie assez complexe qui comporte différents stades. La majorité des cas déclarés correspondent au stade localisé. Celui-ci survient entre trois et trente jours après une piqûre de tique. Les symptômes sont notamment des douleurs musculaires, de la fatigue et de la fièvre. Cette forme de la maladie se traite bien et la réponse au traitement est généralement très bonne.
Il arrive toutefois que la piqûre passe inaperçue. Dans ce cas, la maladie peut évoluer vers des stades plus avancés, plusieurs semaines ou plusieurs mois après la piqûre initiale. Des manifestations neurologiques, cardiaques ainsi que de l’arthrite de Lyme peuvent alors apparaître. La bonne nouvelle, c’est que moins de 15 % des personnes déclarées développent ces formes plus avancées. La majorité des patients sont traités suffisamment tôt.
Les traitements sont relativement courts. Pour le stade localisé, on parle généralement de sept à dix jours d’antibiotiques. Pour les formes plus avancées, le traitement peut durer jusqu’à 28 jours. Les décès sont extrêmement rares et très peu documentés.
Quels sont les gestes les plus efficaces pour éviter une piqûre?
Il ne faut pas se priver d’aller à l’extérieur. Il existe plusieurs gestes de prévention. Avant une sortie, il est recommandé d’appliquer un chasse-moustiques contenant un répulsif efficace contre les tiques et de privilégier des vêtements longs, ajustés aux poignets et aux chevilles.
À l’extérieur, le meilleur réflexe est de demeurer dans les sentiers et d’éviter de marcher dans les herbes hautes.
Au retour, il est conseillé de retirer immédiatement ses vêtements et de les mettre à la laveuse. Il faut ensuite inspecter minutieusement tout son corps, idéalement sous la douche. Tous les recoins doivent être vérifiés. Les tiques peuvent être très petites, mais il est souvent possible de les sentir au toucher. Il est également important d’inspecter ses animaux de compagnie, qui peuvent eux aussi rapporter des tiques à la maison.
