Lutter contre la prolifération d’une espèce qui dévore tout
Si l’animal est emblématique de la faune québécoise, sa prolifération inquiète désormais les autorités et les biologistes.
Le cerf de Virginie continue de faire parler de lui en ce début d’année 2026. En effet, sa population est en forte croissance dans l’est de Montréal et sur la Rive-Sud. Or, cette prolifération a une incidence importante sur la flore, car ces animaux broutent une grande variété de plantes et contribuent à déséquilibrer les écosystèmes locaux.
Loin d’être anodines, les causes de cette surabondance de cerfs sont en grande partie liées aux actions humaines qui perturbent les équilibres naturels. Relativement à leur prolifération, les municipalités et la Sépaq mettent en place des actions parfois radicales.
Recenser et contrôler
Le 17 février dernier, un hélicoptère a survolé Boucherville à basse altitude afin de procéder à l’inventaire de la population de cerfs de Virginie présents sur le territoire.
Ce recensement, initié par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), sur demande de la Ville et de la Sépaq, permettra d’estimer le nombre de cerfs de Virginie en 2026. Les données recueillies serviront à orienter les décisions en matière de gestion de la faune.
Pour la troisième année consécutive, la Ville fait appel au MELCCFP afin de procéder à un inventaire par hélicoptère. « La Ville de Boucherville a déjà fait l’expérimentation d’un inventaire par drone, il y a quelques années, mais les résultats étaient mitigés », nous indique Josianne Marcotte.
Il s’avère qu’un suivi des populations est essentiel pour réguler la présence des cerfs de Virginie, qui ne cesse d’augmenter. Selon un inventaire aérien réalisé en février 2025 par le MELCCFP, rien que dans le secteur nord de Boucherville, le nombre de cerfs de Virginie serait passé de 224 à 298, soit une augmentation de 33 %.
La Sépaq souligne également avoir mené, dans les parcs nationaux des Îles-de-Boucherville et du Mont-Saint-Bruno, des opérations de contrôle de la population au cours des trois dernières années. « En 2025, les inventaires montraient des densités respectives de 23 cerfs/km² et de 34 cerfs/km² dans ces deux parcs nationaux, précise Simon Boivin. Or, la densité idéale pour un écosystème se situe entre 5 et 10 cerfs/km². »
Une prolifération évitable
Cette augmentation du nombre de cerfs de Virginie n’est pas anodine, comme nous l’explique Sophie Tessier, biologiste à la Sépaq aux Îles-de-Boucherville. « Le cerf de Virginie n’est pas une espèce exotique envahissante, c’est une espèce qui a toujours existé, mais plusieurs paramètres expliquent que sa population ait fortement augmenté ces dernières années dans tout le sud du Québec. »
Les changements climatiques et l’adoucissement des hivers seraient en grande partie responsables de cette surabondance. « Les hivers d’autrefois étaient très rigoureux et entraînaient beaucoup de mortalité naturelle, indique Sophie Tessier. Un cheptel pouvait perdre de 30 à 40 % de ses individus simplement à cause des rigueurs de l’hiver. Aujourd’hui, on ne voit presque plus ça, parce que les hivers sont beaucoup moins rigoureux. »
La déforestation et la multiplication des champs agricoles constituent également des facteurs importants. « On a aussi créé un environnement idéal, regrette la biologiste. On a favorisé certaines espèces à grande échelle. Le cerf aime le mélange entre forêt et champ, on favorise donc un écosystème dans lequel il se déploie de façon quasi optimale. »
Des actions nécessaires
Devant cette situation, des mesures parfois draconiennes sont malheureusement nécessaires. C’est à contrecœur que des politiques d’abattage sont parfois mises en place.
À la fin de l’année 2025, la Sépaq a ainsi procédé à 352 abattages dans le parc national des Îles-de-Boucherville. Il s’agissait de la troisième opération de contrôle menée afin de réduire les cheptels à Boucherville. Au cours des deux dernières années, la société d’État a abattu 415 cerfs dans ce secteur. « Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on le fait, mais on n’a pas le choix, car la biodiversité du parc en souffre réellement, explique Sophie Tessier. Les cerfs mangent presque tous les végétaux qu’ils trouvent.
Ils sont très peu sélectifs quant à la végétation. La Sépaq a toujours eu pour ligne directrice de laisser faire la nature, mais le déséquilibre est devenu si important que l’on doit donner un coup de main à la forêt. »
La biologiste précise toutefois que ces opérations sont très encadrées. « Ce sont des biologistes-chasseurs très spécialisés qui interviennent, dans une période déterminée. Cela ne peut pas se faire durant la période des naissances. Les opérations ont lieu à l’automne. »
Regard sur 2026
La Ville et la Sépaq se disent maintenant en attente du rapport final afin d’orienter leurs décisions pour 2026. « Nous prendrons nos décisions pour la suite des choses en 2026 en fonction de l’analyse que nous ferons des résultats des rapports finaux du MELCCFP », nous mentionne Simon Boivin, responsable des relations avec les médias à la Sépaq. Des résultats qui devraient être dévoilés dans les prochaines semaines.
