Maisons lézardées et changements climatiques
Les épisodes de sécheresse et de canicule se multiplient avec les changements climatiques, soulevant des inquiétudes chez certains propriétaires de Boucherville.
Les effets des changements climatiques font désormais partie du quotidien. Les températures grimpent et les épisodes de canicules se multiplient, mettant à rude épreuve des infrastructures qui n’ont pas toujours été conçues pour faire face à de tels phénomènes météorologiques.
En effet, ces épisodes peuvent entraîner des conséquences importantes sur les bâtiments. Les cycles de sécheresse sur les sols argileux, notamment, sont susceptibles de provoquer des mouvements de terrain, entraînant l’apparition de fissures ou l’affaissement de fondations.
Chaque année, des propriétaires doivent ainsi entreprendre des travaux majeurs afin de stabiliser leur résidence. « À cause des changements climatiques, des sols argileux et d’autres facteurs, notre fondation s’est affaissée et nous n’avons d’autre choix que de faire pieuter notre maison, raconte Camille Chamberland, une résidente du secteur des Gouverneurs. On parle ici de travaux majeurs avec des factures qui dépassent les 100 000 $. »
Plus de subvention
Devant l’ampleur des coûts, cette citoyenne s’est tournée vers la Ville de Boucherville, où elle a découvert que le programme de subvention destiné aux maisons lézardées était suspendu. « En faisant nos démarches, nous avons constaté que le programme de subvention de la Ville de Boucherville pour les maisons lézardées est malheureusement en pause depuis 2025, écrivait-elle sur la page Facebook Les Banlieusardises bouchervilloises. Pourtant, avec les changements climatiques actuels, comme la sécheresse de 2025, ce genre de problème risque de se multiplier. Nous croyons fermement qu’il est urgent que la Ville réactive et adapte cette aide pour soutenir les citoyens face à ces coûts astronomiques. »
Interrogée à ce sujet, la Ville confirme que le programme a été suspendu à la suite d’une décision de la Société d’habitation du Québec (SHQ). « La Ville a présenté une demande pour l’année 2025-2026, mais la Société d’habitation du Québec nous a informés que le programme était suspendu pour le moment. »
Peu de demandes
Malgré les préoccupations exprimées par certains citoyens, la Ville affirme n’avoir reçu aucune demande de subvention ni aucun dossier en cours concernant des maisons lézardées en 2026. « J’ai demandé à la Direction de l’urbanisme si nous avions des dossiers en suspens concernant des maisons lézardées et, après vérification, nous confirmons qu’il n’y en a aucun, indique Roger Maisonneuve, directeur général de la Ville de Boucherville. À notre niveau, nous n’avons reçu aucune demande et personne ne s’est présenté au conseil municipal à ce sujet. »
Selon les données fournies au journal, 18 demandes ont été déposées en 2022-2023, cinq en 2023-2024 et seulement trois lors de la dernière année du programme, en 2024-2025. « Lors du dernier programme, nous avons reçu très peu de demandes. Nous voulions le reconduire en 2025-2026, mais le gouvernement du Québec l’a suspendu et nous ne savons pas quand il sera rétabli », ajoute M. Maisonneuve.
La Ville se dit néanmoins disposée à réactiver ce programme si le financement provincial revient. « Si l’enveloppe budgétaire associée au volet des maisons lézardées dans le cadre du Programme Rénovation Québec est reconduite, ce programme pourrait être rétabli. »
En revanche, aucun programme financé exclusivement par la Ville n’est envisagé pour le moment.
Des citoyens démunis
Une citoyenne, qui a souhaité témoigner sous le couvert de l’anonymat, nous a également fait part de ses inquiétudes. « C’est la deuxième fois que je sens que ma maison a bougé. Cette année, j’ai fait appel à un ingénieur en structure qui m’a confirmé que la maison s’était affaissée d’un pouce et quart, ce qui signifie qu’elle doit être pieutée. C’est à cause du sol argileux, de la présence d’arbres matures et de la sécheresse. Ce n’est pas un problème de structure, mais un problème de terrain. Les coûts sont énormes. Ma voisine a vécu la même situation et cela lui a coûté environ 100 000 $ pour faire pieuter trois côtés de sa maison. »
Cette Bouchervilloise, qui a élevé ses enfants dans cette résidence, confirme ne pas avoir entrepris de démarches auprès de la Ville cette année. « En 2022, j’ai parlé à une conseillère municipale et il existait un programme pour les maisons lézardées. Ma voisine en a bénéficié et a reçu 13 000 $. Mais le programme n’a pas été reconduit. On est laissés à nous-mêmes avec ce problème-là, alors que ce n’est pas de notre faute. Cette année, je n’ai donc fait aucune démarche auprès de la Ville. »
Elle déplore toutefois le manque d’accompagnement offert aux propriétaires touchés, qu’il s’agisse d’un soutien technique, d’information ou même d’un appui moral. « J’aimerais que quelqu’un puisse venir voir nos terrains et nous informer. On est vraiment démunis. Je me demande ce que je dois faire : est-ce que j’entreprends les travaux ? Est-ce que je vends à perte ? Mais si je vends, où vais-je aller ? Je veux rester à Boucherville, mes enfants ont grandi dans cette maison. Il faut investir une somme énorme qui n’augmentera même pas la valeur de notre propriété. Ma voisine a peur de rester chez elle. Malgré les travaux, elle a l’impression que la maison continue de bouger. »
Aucun secteur ciblé
La Ville indique ne pas avoir identifié de secteurs résidentiels particulièrement à risque d’affaissement de terrain. Ceux-ci peuvent théoriquement survenir dans plusieurs secteurs de la ville car Boucherville est situé sur un territoire où le sol est très argileux.
Toutefois, les caractéristiques du sol varient considérablement d’un terrain à l’autre. « Dans certains quartiers, le sol est si mince que les fondations reposent directement sur le roc. Ces éléments expliquent pourquoi les risques potentiels d’affaissement sont très variables sur le territoire », précise la Ville.
Comme aucun risque généralisé n’a été identifié, le Plan d’urbanisme ne désigne actuellement aucun secteur résidentiel comme étant particulièrement exposé à ce phénomène.
Inondations et sécheresses
Pour la Ville, les mesures d’adaptation aux changements climatiques sont aujourd’hui davantage orientées vers la prévention des inondations que vers les effets de la sécheresse. « Les maisons inondées et les maisons lézardées sont deux sujets différents », rappelle Roger Maisonneuve.
Boucherville offre déjà plusieurs programmes de subvention liés à la résilience climatique, notamment pour l’installation de déflecteurs et de rallonges de gouttières, la déminéralisation et la végétalisation des terrains, le comblement d’entrées en contre-pente, l’aménagement de jardins de pluie ainsi que le programme d’accompagnement JeRénovÉco.
Les épisodes de sécheresse font également partie des aléas étudiés dans le cadre du futur Plan climat de l’agglomération de Longueuil, actuellement en préparation. Selon les données d’Ouranos et de Données climatiques Canada citées par la Ville, la fréquence de cet aléa devrait toutefois connaître une évolution faible à moyen terme par rapport à la période de référence 1990-2020.
