Observer la nature

Sous son manteau blanc, le parc national des Îles-de-Boucherville semble plongé dans le silence. Pourtant, la faune y déploie des stratégies fascinantes pour survivre à la saison froide.

Ce n’est pas une nouvelle d’actualité, l’hiver est froid au Québec. Comparativement à l’été, les températures peuvent parfois chuter d’une cinquantaine de degrés. La neige et la glace recouvrent le territoire, les feuilles tombent des arbres et la végétation se retrouve enveloppée d’une épaisse couche blanche.

Vue de l’extérieur, le climat rigoureux peut sembler avoir mis la vie sauvage en pause, comme si le froid avait tout gelé. Cependant, lorsqu’on s’aventure hors des sentiers battus, qu’on se perd en forêt ou qu’on longe le fleuve Saint-Laurent, on se rend compte que, bien au contraire, la vie sauvage est très active, même si elle se maintient, il est vrai, grâce à une toute nouvelle organisation hivernale.

À Boucherville, on ne manque pas d’espace pour faire l’expérience de cette organisation de la nature face à l’hiver, il suffit de se rendre aux îles de Boucherville pour en avoir le cœur net. Là-bas, les biologistes de la SÉPAQ sont les gardiens de cette vie qu’ils observent, documentent, protègent et accompagnent même, dans certains cas.

Pour en savoir plus sur les différentes stratégies de survie des espèces durant l’hiver aux îles de Boucherville, nous nous sommes entretenus avec Sophie Tessier, coordonnatrice à la conservation et à l’éducation pour la SÉPAQ.

« La neige te raconte une histoire, c’est comme les pages blanches d’un livre. » – Sophie Tessier

Survivre en hiver

« Si on est un animal et qu’on vit ici dans le parc, à la fin de l’été on doit se poser la question : qu’est-ce qu’on fait pour traverser une période difficile ? nous explique-t-elle. Parce que combattre le froid, ça prend une source d’énergie et la nourriture va être restreinte, assurément. »

Un dilemme s’impose donc aux espèces à l’arrivée de l’hiver : sont-elles en mesure de trouver de la nourriture pour continuer à vivre ? Face à celui-ci, on observe trois attitudes : demeurer actif, hiberner ou migrer. « Les animaux ne font pas ce choix consciemment, précise Sophie Tessier. C’est la génétique de l’animal qui va dicter son comportement. »

Demeurer actif

Demeurer actif implique de s’assurer que la nourriture soit disponible en assez grande quantité. « Ici, au parc, parmi les animaux qui vont être visibles et actifs en hiver, il y a le renard roux, la loutre, le raton laveur, le cerf de Virginie, quelques coyotes et tous les petits mammifères et micromammifères. Il y a aussi plusieurs oiseaux. C’est exceptionnel de voir ça ! »

Même si elle est réduite, cette faune qui continue de vivre en hiver est particulièrement visible, car il n’y a pas de feuilles dans les arbres et la neige laisse des traces. « La neige te raconte une histoire, c’est comme les pages blanches d’un livre et, à chaque nuit, il y a une histoire qui s’écrit, nous raconte Sophie Tessier. Sauf que cette histoire-là, ce ne sont pas des mots, ce sont des pistes, des traces et des trous. »

Hiberner

Si elles ne sont pas visibles, certaines espèces sont cependant bel et bien présentes au parc en hiver. Elles sont en hibernation. « L’hibernation, c’est quand l’animal va ralentir son rythme et son métabolisme à un point tel qu’on pourrait dire qu’il est pratiquement au bord de la mort », nous explique Sophie Tessier.

Pendant cette phase, la capacité d’hibernation des animaux est telle qu’ils peuvent réduire la température de leur corps de plusieurs dizaines de degrés. « Par exemple, la marmotte commune, qui a une température corporelle régulière de 37 degrés Celsius, la fait chuter à 5 degrés pendant son hibernation, ce qui réduit son rythme cardiaque à cinq battements par minute. »

Beaucoup d’espèces du parc sont en hibernation l’hiver. C’est le cas notamment des reptiles et des insectes. Il est fascinant de se dire que, lorsqu’on marche, on foule en réalité les terriers de milliers d’êtres vivants profondément endormis. « Il y a une faune qui est là, mais qui, pour une grande proportion, est endormie, invisible. »

Parmi les reptiles, on retrouve une espèce un peu particulière : la couleuvre brune, qui est menacée. Pour assurer sa préservation, les biologistes de la SÉPAQ ont construit des « hibernacles ». « Un hibernacle, c’est un gros trou dans lequel on dépose des roches de différentes grosseurs et les couleuvres vont s’y installer pour hiberner. Nous en avons construit trois pour l’aider, nous explique Sophie Tessier. À la SÉPAQ, on laisse la nature aller complètement, on n’intervient pas, sauf pour les espèces à statut vulnérable ou menacées. »

Migrer

Finalement, il y a les animaux qui décident de migrer pour profiter de températures plus clémentes. Parmi eux, on retrouve la chauve-souris rousse, « une espèce protégée des îles de Boucherville qui, elle, fait le choix de migrer vers le sud durant l’hiver. »

Enfilez vos bottes 

Si vous voulez faire l’expérience de cette faune hivernale, deux boucles sont offertes aux marcheurs aux parcs des îles de Boucherville : celle de l’île Sainte-Marguerite (7 km) et celle de l’île de la Commune (5 km).