Secteur du Terroir 

La Ville acquiert 48,57 hectares dans le boisé Pierre-Dansereau, secteur du Terroir à Boucherville.

Grande annonce en ce début de printemps, la Ville de Boucherville a confirmé, le vendredi 8 mai, lors d’un point de presse à l’hôtel de ville, l’acquisition de 48,57 hectares dans le boisé Pierre-Dansereau, secteur du Terroir, situé près de l’ancienne carrière. 

Un investissement majeur

On parle ici de cinq millions de pieds carrés. Et autant d’espace, de nos jours, cela coûte cher. Le prix convenu et négocié par le directeur général de la Ville de Boucherville, Roger Maisonneuve, est de 4,50 $ le pied carré. Cela représente un total de 22 500 000 $, qui seront investis et répartis sur six ans afin d’acquérir ce vaste espace vert et de le préserver.

Une initiative onéreuse, mais écologique, qui inscrit Boucherville comme une Ville « leader en matière de protection des milieux naturels quand on regarde à l’échelle métropolitaine », selon les mots de Massimo Lezzoni, directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

Pour financer ce projet, la Ville n’est pas seule. Un premier versement de 7 800 000 $ a été effectué le jour même de l’annonce. Cet achat est réalisé en collaboration avec Nature-Action Québec, principal partenaire financier grâce à une entente majeure conclue avec Environnement et Changement climatique Canada, par l’entremise du Fonds canadien pour la nature, qui versera 4 800 000 $ lors de ce premier versement.

Le projet bénéficie également de l’appui, à parts égales, du gouvernement du Québec et de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), dans le cadre de la Trame verte et bleue du Grand Montréal, qui verseront ensemble pas moins de 2 M$. « Il reste donc un million que les contribuables municipaux de la Ville versent sur ce premier versement », a souligné avec joie et reconnaissance le maire. Cela représente donc 13 % du premier versement qui sera couvert par Boucherville.

Interrogé par le journal sur la suite des paiements, les échéances, les montants et les aides à prévoir, le maire a indiqué être en plein montage financier, en se montrant confiant pour la suite. « On a plusieurs sources de financement, on va continuer à travailler avec Nature-Action Québec, a-t-il déclaré. Les montages financiers seront annoncés plus tard. C’est un exercice financier important et ambitieux, mais j’ai l’impression que la population nous suit quand on parle d’acquisition de terrain. »

Une avancée écologique

Par cette acquisition, Boucherville se positionne comme une municipalité engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour la préservation des espèces menacées.

En effet, le boisé Pierre-Dansereau est un terrain d’une grande valeur écologique composé de 19 milieux humides et où pas moins de 87 espèces fauniques cohabitent. Parmi celles-ci figure la rainette faux-grillon, dont la protection de l’habitat est essentielle à la survie de l’espèce.

En acquérant ce terrain à des fins de préservation, et ce, à perpétuité, la Ville garantit la survie de plusieurs espèces ainsi que le maintien d’espaces verts, naturels et protégés au sein d’une Rive-Sud qui se développe et s’urbanise à grande vitesse. « Aujourd’hui, on pose un geste important en protégeant à perpétuité un ensemble de milieux naturels d’une très grande valeur écologique, a souligné dans son allocution Pascal Bigras, directeur général de Nature-Action Québec. Ce projet illustre concrètement la capacité des villes à agir de manière convaincante pour la conservation de la biodiversité. C’est un défi encore plus important dans le contexte d’un territoire fortement urbanisé. »

Cette acquisition est d’ailleurs l’une des plus importantes au Québec à des fins de conservation depuis plusieurs années, et le projet s’inscrit directement dans les priorités annoncées par le gouvernement du Canada en matière de protection de la nature. « C’est majeur, ce qui s’en vient à Boucherville, s’est félicité le maire. Et tout ça, c’est pour la protection de la biodiversité, c’est pour la lutte contre les bouleversements climatiques, c’est pour permettre que l’on garde des terrains qui protègent contre les îlots de chaleur et qui aident à interconnecter les différents milieux pour que les espèces puissent se déplacer. On adore l’environnement à Boucherville. »

Le maire a également profité de ce point de presse pour comparer la situation à celle de Central Park, à New York, afin de souligner l’importance d’avoir une vision à long terme lorsqu’on souhaite préserver des espaces verts au sein de zones qui s’urbanisent rapidement. « Central Park existe parce qu’à un moment donné, des gens ont eu la vision de conserver cet espace et de ne pas le développer. Aujourd’hui, il n’y a personne qui oserait remettre cela en question. Le boisé Pierre-Dansereau, lui aussi, dans 100 ans, sera toujours là. »

Un rêve vieux de 20 ans

Anne Barabé a également profité du rassemblement pour souligner l’ancrage historique de cette acquisition, qui résonne avec des ambitions citoyennes vieilles de plusieurs décennies.

Il s’agissait en effet d’un projet porté par une pétition citoyenne datant de 2006, qui avait réuni pas moins de 3 000 signatures afin de protéger le boisé et la rainette. « Ça a pris 20 ans, mais c’est le résultat, s’est félicité le maire. Il ne faut jamais se censurer à l’étape du rêve. »

Pour des raisons de sécurité et afin de protéger le terrain, celui-ci n’est pas ouvert au public pour le moment, mais la Ville évalue la possibilité d’y aménager des sentiers.