Chronique histoire : le tennis au village

J’amorce avec vous cette cinquième chronique historique du village de Boucherville en reculant les pendules au début des années 1920.

Afin de mieux vous situer le contexte, il me paraît ici sage de faire quelques rappels. La Première Guerre mondiale vient de prendre fin. C’est la grande époque de la prohibition en Amérique du Nord, mais comme le Québec y échappe, Montréal, métropole du Canada, devient célèbre pour ses cabarets, son jazz et sa vie nocturne endiablée.

On se souviendra également de mes chroniques antérieures que, jusqu’alors, les villégiateurs établis à Boucherville avaient un faible pour les

activités estivales organisées par le Club nautique du village. Mais voilà que l’intérêt des jeunes de la bourgeoisie montréalaise de cette époque se tourne vers une activité de loisir en plein essor : le tennis sur gazon. Notre humble village n’y échappe pas.

C’est ainsi que l’on assiste, en 1921, à l’initiative d’une dizaine de villégiateurs, à la formation d’une nouvelle corporation visant à offrir à ses membres les commodités permettant la pratique au village du tennis : « le Club de Boucherville ».

Le club s’installe sur un terrain donnant sur le boulevard De Montarville, aussi connu à cette époque comme « la montée d’en haut ». Cette année-là, au nord de la voie ferrée, on y aménage deux terrains de tennis. On y fait également construire un grand « club house » doté d’un toit cathédral, d’une grande salle de danse et d’un large perron couvert doté de bancs. On pense même à mettre en place l’éclairage extérieur, histoire de pouvoir prolonger en soirée les heures de jeu.

Ce club privé, également appelé « le Club d’en haut », devient vite un endroit très populaire auprès des villégiateurs « estivaliers » et de leurs amis. On y organise, dès la première année, des tournois amicaux entre les membres.

Les représentants du club affrontent même d’autres clubs et accumulent les victoires. Dès 1921, ce club fait d’ailleurs sa place dans le monde du tennis régional. On en parle même dans les journaux. Ainsi, dans l’édition du 29 août 1921 du journal La Patrie (source BAnQ), on écrira :

« Quel est donc le club qui arrêtera la marche triomphale du Boucherville? Jusqu’ici personne n’a pu accomplir cet exploit, et on se demande si, avant la fin de la saison, cette tâche herculéenne pourra être accomplie. Hier encore, le Boucherville se signalait en battant le Riverview par le score de 6-2. »

Mais voilà! Le club est réservé aux villégiateurs. Les villageois n’y ont simplement pas accès. Qu’à cela ne tienne. Ces derniers s’organisent et forment une organisation paroissiale catholique vouée aux loisirs de la population, le Cercle Pierre-Boucher. Incorporé en février 1925, le Cercle obtient en 1927, du curé Jobin, l’autorisation de faire usage du terrain situé en face de la nouvelle salle paroissiale et d’y aménager un terrain de tennis (à l’emplacement de l’actuel stationnement face à la salle paroissiale).

Mentionnons tout de même ici que le curé fixe ses conditions. Ainsi, il est interdit de jouer pendant la célébration des messes de l’après-midi. On raconte même que les jeunes filles ne devaient pas y être admises. Autres temps, autres mœurs.

Dès juin 1927, le terrain de la salle paroissiale accueille ses premiers joueurs. L’engouement ne tarde pas à se manifester. Les joueurs de talent ne manquant pas, dès septembre, un premier tournoi est organisé. S’ensuivent des rencontres contre les joueurs du « Club d’en haut », puis contre des représentants des villes voisines.

Le lieu devient vite un lieu de rencontres couru par les jeunes du village et le restera de nombreuses années, d’autant plus qu’à quelques pas de là, à l’arrière du restaurant Au Vieux Manoir (552, rue Saint-Charles), se trouve une salle de danse. Est-il ici besoin de mentionner que le curé ne voyait pas la chose d’un très bon œil.

Mais les années passent et les temps changent. Alors que la Seconde Guerre mondiale prend fin, la villégiature au village vit son déclin. Une nouvelle ère s’amorce à Boucherville, celle du développement domiciliaire.

La Ville procédera au démantèlement des installations du « Club d’en haut » en mai 1964. Le terrain de tennis de la salle paroissiale restera, quant à lui, en usage jusqu’en 1965, année où la Ville annonce l’aménagement de quatre courts en terre battue au Centre civique qui sera inauguré en 1966.

La grande époque du tennis à Boucherville n’est alors cependant pas révolue. Le Bouchervillois Sébastien Lareau en sera, aux Olympiques de 2000 à Sydney, la représentation éloquente en remportant la médaille d’or en double avec son partenaire, Daniel Nestor.