Chronique histoire : une histoire commerciale

Aujourd’hui encore, ma chronique vous racontera un pan de l’histoire du village de Boucherville. D’ailleurs, afin de bien situer le cadre de mon récit, il me paraît opportun d’en délimiter le périmètre. Ainsi, avant 1950, le village s’étendait principalement du bord de l’eau jusqu’à la voie ferrée, de la Côte d’en haut (Montarville) jusqu’à la Côte d’en bas (De Montbrun). Cette petite précision étant faite, je me lance dans cette 7e chronique, laquelle vous parlera de commerces.

Il fut un temps, pas si lointain, où les résidents de Boucherville faisaient leur épicerie au village. C’était, vous l’aurez deviné, avant la construction, dans les années 1960, des premiers centres commerciaux à Boucherville.

C’est dire qu’il fut une époque où le village regorgeait de petits commerces en tout genre. Mentionnons simplement la présence d’une meunerie, d’une beurrerie, de boulangers, de bouchers, de cordonniers, de merceries, d’un forgeron, de magasins généraux et même de restaurants. La liste est incomplète mais permet, je crois, d’illustrer l’effervescence qui régnait au village entre 1800 et 1960.

Loin de moi l’idée, dans le cadre de cette simple chronique, d’en faire l’inventaire exhaustif. Le livre Boucherville au fil du temps 1667-2017, publié par la Société d’histoire des Îles-Percées en 2017 constitue, à cet égard, un ouvrage beaucoup plus complet. Je me permettrai simplement de reprendre sommairement ici le rôle clé de l’un de ces commerçants.

Joseph-Tancrède Lassonde (1883-1960), né à Boucherville, sur le rang du lac (Général Vanier), fut l’un de nos commerçants les plus prospères. Il a fait ses études primaires et commerciales au Collège Sacré-Cœur (école Orientante L’impact). Son père acquiert, en 1906, le commerce de Léonide Sicotte, situé au 42, rue Ste-Famille. Joseph-Tancrède y ouvre, en 1907, son premier magasin général, lequel offre un vaste éventail de produits d’épicerie, de la ferronnerie et des chaussures. Suite à l’arrivée de l’automobile et l’élargissement de la rue Ste-Famille en 1939, qui deviendra Marie-Victorin, il fait installer deux pompes à essence. Mentionnons qu’avant sa fermeture en 1955, ce commerce était, au dire de certains, l’un des plus beaux et des plus fréquentés de la région.

J.T. Lassonde devient vite un important acteur économique à Boucherville. Ainsi, en 1922, il achète « la conserverie », alors située à l’emplacement de l’actuel centre d’achat du 650, boul. Fort-St-Louis. Les cultivateurs de la région y trouvent un débouché pour leurs produits maraîchers en plus d’offrir près de 200 emplois aux gens du village. Il en reste propriétaire jusqu’en 1955.

Ajoutons que, vers 1930, en pleine crise économique, il achète le magasin général de Cyrille Huet au 576, St-Charles, afin d’en faire une succursale commerciale et de soutenir ainsi l’économie du village. Il le conservera jusqu’en 1945.

Il n’est pas surprenant d’apprendre qu’il fut également très impliqué en politique municipale. Conseiller municipal pendant de nombreuses années, il occupe le poste de maire de 1921 à 1936.

Mais qu’est devenu le magasin général de J.T. Lassonde de la rue Ste-Famille ? Eh bien, le 42, Ste-Famille est devenu le 534, boul. Marie-Victorin. En 1956, Marcel Turcotte en fait l’acquisition et transforme le commerce en quincaillerie. Il y offre également les services d’huile à chauffage, de plomberie et de ventilation. Il achète, en 1967, la maison voisine, sise au coin du boul. Marie- Victorin et de la rue De Grandpré. Il la démolie en 1975 afin d’agrandir son prospère commerce. Le 15 novembre 1982, l’édifice est ravagé par un incendie majeur. C’est une perte totale. Qu’à cela ne tienne. il reconstruit entièrement le bâtiment, ferme sa quincaillerie et c’est sa fille, Micheline, qui installera son institut de beauté au rez-de-chaussée. Le 534, boul. Marie-Victorin abrite, encore aujourd’hui, de nombreux commerces; perpétuant ainsi l’histoire commerciale du site.

Il y a tant à raconter sur les commerçants et les commerces du village. Mais les mots me sont ici comptés. Je terminerai donc ma chronique en mentionnant que si le thème des commerces à Boucherville vous intéresse, je vous convie à venir, le 8 août prochain de 13 h à 17 h à la Maison dite Louis-Hippolyte-La Fontaine au 314, boul. Marie-Victorin, discuter avec d’anciens commerçants et découvrir certains des trésors archivistiques de la Société d’histoire des Îles-Percées.