Clap de fin de la résidence artistique d’Alain Daignault

Entre argile, acier et poésie des corps, le sculpteur Alain Daignault a ouvert les portes de son univers au public dans le cadre de sa résidence artistique au Café centre d’art.

Comme nombre d’artistes avant lui, Alain Daignault a pris ses quartiers au troisième étage du Café centre d’art dans le cadre de sa résidence artistique, qui s’est tenue du 13 avril au 15 mai.

Nous le rejoignons dans son atelier, où se succèdent de multiples visages, mains et corps en argile et en métal. 

L’artiste est au travail, attelé à polir sa dernière création à la pierre d’agate afin d’écraser les molécules d’argile et de lisser la surface. Une statue de plus de 125 centimètres de hauteur, façonnée en plusieurs segments d’argile, sur laquelle il nous confie travailler depuis le début de sa résidence, soit quatre semaines. Il s’agit du corps d’une femme sans bras.

À peine entrés dans l’atelier, nous plongeons dans l’univers de l’artiste, à la jonction entre la poésie des corps et la dureté des matériaux. « J’adore venir travailler ici avec la vue sur le fleuve. Comme c’est ouvert au public, les gens viennent me voir, ils sont intéressés et je les informe sur ma démarche artistique », nous confie l’artiste plein de joie.

Tout un monde

Alain Daignault, connu sous le nom d’artiste Daigno, est originaire de Boucherville et membre du comité consultatif des arts de la ville depuis plusieurs années.

Initié très tôt à la peinture et à la sculpture par son père artiste peintre, il pratique les arts visuels depuis son plus jeune âge. « J’ai commencé à sculpter à huit ans, je faisais de petites sculptures avec de la pierre à savon. »

Après une carrière de directeur photo-caméraman pour la télévision, qui l’a amené à parcourir le monde afin de tourner des documentaires, Daigno a décidé de se consacrer pleinement à son art. Inspiré par ses rencontres, il utilise l’argile pour donner forme à ses idées. « J’ai toujours été dans les arts visuels, nous explique-t-il. J’ai commencé à faire des expositions dans les années 2000. »

Au fil des ans, l’artiste a développé des méthodes de création très abouties. Même s’il lui arrive de travailler à l’instinct, la plupart de ses œuvres sont le fruit d’un processus de réflexion minutieux en amont, durant lequel il modélise ses sculptures en 3D. « Il m’arrive de travailler directement sur la pièce, mais j’aime surtout modéliser en 3D avant, déclare Alain Daignault. Après, il arrive toujours que des choses changent au fur et à mesure que je monte la pièce. J’utilise aussi parfois des modèles vivants. »

Tout un travail

L’artiste a plusieurs matériaux de prédilection, parmi lesquels l’argile et l’acier figurent en tête de liste. « J’utilise l’argile comme base et, ensuite, je viens y intégrer de l’acier. »

Mais la création à base d’argile vient avec son lot d’exigences, car pour durcir, l’argile doit sécher puis être cuite au four. Pour ce genre de pièce, cela demande énormément de travail, de minutie et surtout de patience. « Avant d’être cuite, l’argile doit sécher pendant presque un mois, nous explique l’artiste. Ensuite, je prévois faire cinq à six cuissons des quatre morceaux. »

Or, le temps de cuisson n’est pas celui d’une pizza. En effet, une cuisson d’argile dure 30 heures, soit 15 heures pour atteindre la température désirée et 15 heures de refroidissement avant de pouvoir ouvrir la porte du four. « Je devrais être capable d’entrer les quatre pièces en même temps dans le four, précise Daigno. Mais cela va tout de même prendre au moins 120 heures. » Même avec une telle maîtrise, la cuisson demeure une étape délicate, où l’on n’est jamais totalement à l’abri d’une mauvaise surprise. « Parfois, à la cuisson, il peut y avoir des accidents, ça peut éclater, ça peut se fendre. Mais moi, ça ne m’est jamais arrivé », se réjouit le sculpteur.

Pour une pièce comme celle sur laquelle travaille Daigno dans le cadre de sa résidence au Café centre d’art, le fait qu’elle soit composée de plusieurs pièces à assembler demande beaucoup d’ingéniosité. Une fois cuites, les pièces rétrécissent, ce qui rend parfois leur assemblage complexe. Heureusement, l’artiste est rodé à l’exercice et travaille avec une précision qui se reflète dans ses œuvres. « Pour installer la tête, j’ai essayé toutes sortes de trucs. Je réajuste continuellement les emplacements jusqu’à ce que ce soit parfait. »

Une œuvre collective

Des ateliers de création ont eu lieu les 24 avril et 8 mai. Dans le cadre de ceux-ci, Daigno a invité les participants à sculpter des mains. Toutes ces réalisations ont ensuite été réunies par l’artiste pour façonner une œuvre collective qui sera présentée à la fin de la résidence. 

Si vous avez manqué sa résidence, sachez que Daigno donne également des cours de sculpture dans le cadre des Ateliers des arts visuels au Café centre d’art.