Financement des transports en commun
La suppression de la ligne 87 a relancé le débat sur le financement du transport en commun à Boucherville.
La récente suppression de la ligne 87 reliant Boucherville au centre-ville de Montréal a engendré du remous au sein de la population, faisant remonter plusieurs enjeux, notamment celui du financement des transports en commun.
La rencontre qui a eu lieu entre les représentants du Réseau de transport de Longueuil (RTL), les représentants du conseil municipal et les citoyens à l’hôtel de ville, le 15 mars, a eu le mérite d’éclairer certaines zones d’ombre dans la gestion du budget alloué aux transports.
« On éloigne les décisions dans les structures. » – Jean Martel
Une dépense majeure
Beaucoup de participants ont pointé du doigt ces coupures dans l’offre, alors que le transport en commun constitue une part importante des finances municipales dans le budget annuel de Boucherville. Et pour cause, en 2026, la Ville y consacre environ 15 M$, soit un peu moins de 11 % de son budget total, évalué à 153,8 M$.
Or, s’il s’avère que les transports en commun représentent une part importante du budget de la Ville, celle-ci n’en est pas pour autant directement responsable. Ces dépenses sont en réalité incluses dans la quote-part que Boucherville doit verser à l’agglomération de Longueuil, laquelle s’élève à 66,5 M$ cette année. À elle seule, la portion liée au transport collectif représente donc 24 % de cette contribution, ce qui en fait l’un des postes les plus importants.
La gestion de ces finances se fait à l’échelle régionale, les services sont assurés par le Réseau de transport de Longueuil (RTL), sous la coordination de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). « L’ARTM fixe les grandes orientations, les objectifs de service et le cadre financier métropolitain, tandis que le RTL est responsable de la conception détaillée du réseau et de l’exploitation sur le terrain », nous confirme l’ARTM, contactée à ce sujet par le journal.
Pour les élus municipaux, cela signifie une marge de manœuvre limitée. En résumé, la Ville doit assumer une part importante des coûts sans en contrôler directement l’évolution, une situation que regrette le maire. « Même pour moi, ce n’est pas facile d’avoir une influence. J’ai de plus en plus de difficulté avec l’ARTM. Au lieu d’investir dans le local, on éloigne les décisions dans les structures », a-t-il déclaré lors de la rencontre.
Une décision comme la suppression de la ligne 87 est donc prise sans concertation directe avec les réalités municipales. Beaucoup de citoyens ont d’ailleurs regretté que cette rencontre soit faite en aval de la décision de suppression. « C’est contre-intuitif, parce que l’on nous parle d’environnement et de transport en commun, alors comment ça se fait qu’il n’y en ait pas plus? Mais avec le cadre financier, on s’en va vers une réduction de l’offre. Ça n’a pas de bon sens », a ajouté Jean Martel.
Un système sous pression
Or, si coupures il y a, c’est parce que, malgré ses financements, le transport en commun fait face à des déficits qui obligent le RTL et l’ARTM à revoir leur structure et leur offre. « On ne prend jamais ces décisions de gaieté de cœur, a déclaré Nicolas Tanguay, directeur principal, stratégie, innovation et planification au RTL lors de la réunion. On aimerait en ajouter, du transport, plutôt qu’en enlever, a ajouté Isabelle Ouellet, directrice de la planification du transport au RTL. Malheureusement, notre cadre budgétaire nous oblige à réduire le service. »
Interrogée à ce sujet, l’ARTM, mentionne un déséquilibre entre les revenus actuels et les coûts réels du transport collectif. « Le budget 2026 s’inscrit dans un contexte de fortes pressions financières sur l’ensemble du transport collectif, notamment en raison de la hausse des coûts d’exploitation et de l’évolution des habitudes de déplacement. » À cela s’ajoutent les grands projets structurants, comme le Réseau express métropolitain (REM), qui influencent également les besoins de financement à l’échelle métropolitaine.
Résultat, les municipalités, dont Boucherville, voient leur quote-part augmenter pour soutenir l’équilibre du réseau, alors qu’en parallèle, certaines lignes sont supprimées. « On verse 11 % du budget de la Ville, les citoyens paient aussi via la taxation sur l’essence et les plaques d’immatriculation, et malgré ça, le système est toujours déficitaire », regrette le maire.
Le maire a profité de cette rencontre pour mettre en garde les citoyens sur les changements à venir. « Là, on parle de la 87, mais ce n’est pas drôle, ce qui s’en vient avec le cadre financier de l’ARTM. Ça va couper partout, je vous le dis. Ce n’est pas le fun, ce qui s’en vient. »
Un point que ne démentent pas les services en charge du transport. « À l’avenir, c’est toute la structure du RTL sur l’ensemble du territoire qui devra être revue », a souligne Nicolas Tanguay lors de la rencontre.
Questionnée à ce sujet, l’ARTM confirme une restructuration des réseaux. « Le contexte actuel oblige tous les acteurs du transport collectif à revoir régulièrement leur offre de service. Les partenaires du transport collectif, les municipalités et le gouvernement sont mobilisés pour en faire plus avec chaque dollar investi. Sur la Rive-Sud, on anticipe une transformation graduelle du réseau pour mieux répondre aux nouvelles habitudes de déplacement. »
Solutions de la Ville
Face à la crise du transport en commun, la Ville a mis en place différentes initiatives. Parmi celles-ci, on retrouve notamment le financement de la ligne 284, un midibus électrique gratuit accessible à tous. « On est l’une des seules villes de l’agglomération à financer un service privé. La 284, on y croyait, explique le maire. Elle a été coupée dans les quatre autres villes où elle était en place, mais nous avons décidé de la maintenir. Ce sont 265 000 $ investis par année, parce que l’on y croit vraiment. »
La Ville de Boucherville offre également aux citoyens de 65 ans et plus de voyager gratuitement dans les autobus du Réseau de transport de Longueuil (RTL) en dehors des périodes de pointe, soit de 9 h à 15 h 30 la semaine, ainsi qu’en soirée dès 18 h 30, de même que les fins de semaine et les jours fériés.
