L’expérience de la guerre au Proche-Orient d’un couple bouchervillois
Un couple québécois est finalement revenu à Montréal après avoir vécu plusieurs jours d’incertitude au Moyen-Orient, à la suite d’une escalade militaire dans la région.
Les deux voyageurs revenaient d’un séjour en Thaïlande et effectuaient une escale à Doha, au Qatar, lorsqu’une série de frappes impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran a provoqué une montée rapide des tensions. « On avait un transit à Doha qui devait durer deux jours, une cinquantaine d’heures à peu près », déclare Francis Vézina, originaire et résident de Boucherville.
« Notre hôtel était à une trentaine de kilomètres de la base américaine du Qatar. » – Francis Vézina
Une escale qui tourne mal
Alors qu’il profite de Doha pendant son escale, le couple reçoit, au petit matin, un premier message du gouvernement canadien. « Le matin même, on avait reçu une communication du gouvernement nous informant que, si l’on pouvait quitter le pays, ce serait idéal. Mais ils ne nous ont pas dit de partir pour vrai. Donc, on a attendu notre vol, qui était prévu pour le lendemain matin. »
L’après-midi, alors qu’ils se promènent, Francis et Geneviève reçoivent un deuxième message, cette fois bien plus alarmant. « On a ensuite reçu l’alerte officielle du gouvernement. »
Très rapidement, le conflit s’enflamme. Le 28 février, une opération militaire conjointe américano-israélienne envoie des frappes aériennes ciblées sur l’Iran. La riposte iranienne par drones et missiles ne se fait pas attendre, rendant la situation particulièrement préoccupante à Doha, qui abrite une importante base militaire américaine visée par la République islamique. Or, cette base est située à seulement 30 kilomètres de l’hôtel où se trouvent Francis et sa conjointe. « Le Qatar, ce n’est pas un très gros pays, donc, tous les bombardements qui se sont produits, on les a ressentis et entendus. On est en ligne droite entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Donc, il y a eu pas mal de détonations dans notre coin, d’autant plus que notre hôtel était à une trentaine de kilomètres de la base américaine du Qatar. »
Les vols sont immédiatement annulés. Le couple se retrouve alors coincé dans la capitale qatarienne, qui accueille chaque année plus de 50 millions de passagers en transit vers près de 197 destinations à travers le monde.
La traversée du désert
Face à l’évolution rapide du conflit et à l’augmentation du niveau d’alerte pour les voyageurs dans la région du Golfe persique, Francis et Geneviève décident finalement de quitter le Qatar par voie terrestre. « On était en contact avec mon oncle au Canada, qui avait de l’expérience en temps de guerre. Il nous a guidés, il nous a ouvert la route vers Riyad, il nous a expliqué comment ça allait se passer. À partir de là, on est allés chercher de l’information supplémentaire et des témoignages de personnes pour comprendre comment traverser. On a décidé de prendre un visa et un chauffeur pour l’Arabie saoudite et de quitter le Qatar en traversant le désert vers Riyad. »
S’engage alors une traversée de huit heures de taxi dans le désert, de nuit, afin de rejoindre Riyad, en Arabie saoudite, où les liaisons aériennes demeurent possibles. « Ça a bien été, on n’a pas eu d’embûches. Les douanes se sont bien passées, notre chauffeur était un homme de confiance. On a appris à le connaître sur la route. Les seuls problèmes que l’on a eus, c’étaient les dunes de sable, parce que la veille, il y avait eu une tempête dans le désert. Donc, l’autoroute était recouverte par endroits. »
Si la route s’est bien déroulée, la pression, elle, n’est pas retombée tout au long du trajet. « On n’a pas été confortables jusqu’à notre arrivée, explique Francis Vézina. Tu embarques avec un inconnu pour huit heures de voiture dans deux pays que tu ne connais pas, c’est stressant de bout en bout. Mais aussitôt que l’on a passé les lignes saoudiennes, on a quand même eu un bon sentiment de sécurité. »
De la capitale saoudienne, ils ont pu embarquer sur un vol vers l’Allemagne, malgré des délais importants avant le décollage. Leur retour au Canada s’est ensuite fait en plusieurs étapes avant d’atterrir finalement à Montréal.
Beaucoup de frais, peu d’aide
Le couple mentionne avoir reçu peu d’informations de la part des autorités canadiennes durant son séjour au Qatar, ce qui a contribué à l’incertitude entourant sa situation. Les deux voyageurs ont dû se débrouiller par eux-mêmes pour trouver une solution. « La réponse du gouvernement, c’était de rester en place et d’attendre, mais de ne pas compter sur eux », regrette Francis Vézina.
Au total, le couple estime avoir déboursé près de 15 000 dollars pour organiser ce retour imprévu, mais espère qu’il sera remboursé. « Ça a coûté un bras puis une jambe. On espère que les assurances vont couvrir la majeure partie de ça. »
Une somme sans laquelle, s’ils n’avaient pas pu s’en prémunir, ils seraient probablement restés bloqués bien plus longtemps entre les explosions. D’autant plus que, sans l’aide de leur oncle, la situation aurait été encore plus complexe. « Pour nous, ce n’est pas un énorme problème. On a la chance d’avoir des emplois stables, on va pouvoir s’en remettre. Mais il y avait d’autres personnes qui n’avaient pas l’option de s’arranger par elles-mêmes, et l’aide du gouvernement aurait été appréciée dans ces moments-là, surtout pour ceux qui étaient coincés. Sans les fonds, c’était impossible de rentrer. »
Et d’autres voyageurs, il y en avait, dont des Québécois. « On était dans un groupe de clavardage avec une quinzaine de Québécois qui étaient aussi à Doha. On se tenait au courant des informations que l’on avait. Sur la route entre Doha et Riyad, on a vu énormément de voitures avec beaucoup de valises qui passaient les douanes. Donc, on n’était pas les seuls sur ce chemin-là pour partir. »
