TC, premier imprimeur de BD en Amérique du Nord

Transcontinental, premier imprimeur de BD en Amérique du Nord

Le marché de la bande dessinée se porte bien, et Boucherville se distingue comme un véritable foyer de créativité, où naissent certains des superhéros les plus célèbres de l’univers du dessin.

C’est l’imprimerie numéro 1 de la bande dessinée en Amérique du Nord.

Les lecteurs de Stranger Things, Tortues Ninja, Batman, The Walking Dead… tiennent entre leurs mains un produit fabriqué au Québec.

Les 200 employés de l’imprimerie Transcontinental à Boucherville produisent en moyenne un million de bandes dessinées chaque semaine. « Sur un million de copies, il peut y avoir 300 versions différentes, mais en moyenne, c’est entre 150 et 250 », explique Claudine Imbeault, directrice du service client de l’entreprise à Boucherville.

L’aventure BD de TC

Dans l’univers de Transcontinental, trois usines, à Montréal, à Beauceville et à Boucherville, se sont spécialisées dans la production de bandes dessinées, afin de satisfaire les lecteurs les plus exigeants et passionnés. « À Beauceville, l’usine est spécialisée dans la BD à couverture rigide, car elle dispose de l’équipement nécessaire. La production y atteint 3 millions d’unités par an. Ce produit est beaucoup plus cher que la BD brochée ou le roman graphique que nous produisons à Boucherville », indique Daniel Gallina, responsable du développement des affaires chez Transcontinental.

Transcontinental a fait son entrée sur le marché de la bande dessinée il y a 25 ans, et M. Gallina faisait déjà partie de l’aventure. « Dans les années 2000, je me suis spécialisé dans le comics. Au début, je me concentrais plutôt sur les livres de jeux de rôle, comme Donjons et Dragons. L’arrivée d’internet au début du millénaire a déstabilisé le marché : on pouvait tout trouver en ligne, et la vente de livres s’est effondrée. »

C’est à ce moment que M. Gallina réoriente ses priorités vers la bande dessinée. « C’était le même public. L’équipe a été mise en place en 2001. Le marché était difficile à démarrer, mais en 2006, nous avons signé notre premier contrat avec un éditeur majeur. Entre 2006 et 2010, nous sommes devenus des spécialistes de l’industrie en fournissant 4 des 10 plus grands éditeurs de BD. »

L’industrie de la bande dessinée compte une petite quinzaine d’entreprises de référence. « Parmi ces acteurs, Marvel et DC Comics détiennent à eux deux 60 à 70 % du marché », précise M. Gallina. « En 2011, nous sommes devenus un partenaire majeur de DC Comics. Nous sommes sous contrat avec eux depuis. Nous imprimons 80 à 90 % de leurs publications en Amérique du Nord. Aujourd’hui, nous sommes de loin le premier imprimeur de bandes dessinées en Amérique du Nord. »

Un public exigeant 

Lors de notre visite à Boucherville, accompagnés de Daniel Moody, directeur de l’usine, nous avons eu l’opportunité de découvrir les coulisses de la fabrication des bandes dessinées.

Première constatation : l’accès aux rotatives est strictement contrôlé. Afin de faciliter le passage des camions aux frontières américaines, l’usine doit respecter des normes de sécurité rigoureuses. Il faut également noter que certains produits sont parfois en édition limitée. « La couverture change pour les éditions limitées. C’est une source de revenus supplémentaires pour l’éditeur. C’est le même comic, mais avec une couverture personnalisée. L’édition peut être tellement limitée qu’il faut absolument tenir le compte. La logistique doit être extrêmement précise », explique Daniel Gallina.

Respecter le nombre exact de copies est un défi imposé par les éditeurs. Et au-delà des exigences des éditeurs, les lecteurs attendent également une qualité irréprochable. Pour satisfaire tout le monde, l’entreprise met les petits plats dans les grands. « Lorsque nous produisons des produits spéciaux, nous travaillons avec des gants blancs, pour garantir une qualité optimale. Nous voulons offrir un produit sans défaut », précise fièrement Claudine Imbeault.

Concernant l’emballage, chaque détail a été minutieusement pensé. « Nous avons des tailles de BD assez standardisées. Lorsqu’on glisse les BD dans des cartons renforcés, ils sont conçus pour s’ajuster parfaitement, afin que les livres ne bougent pas et ne s’abîment pas. Un simple pliage d’un coin de page peut entraîner un refus de la part du lecteur », souligne Daniel Moody. L’entreprise a même exploré l’idée d’emballages en bois pour mieux protéger les ouvrages. Car une fois le produit dans le camion, Transcontinental n’a plus de contrôle sur son transport. « Si un produit arrive à destination endommagé, il est refusé et renvoyé sous presse. Et nous ne voulons pas ça. Nous imprimons, nous emballons, mais le transport reste un facteur incontrôlable. Nous avons donc développé des solutions pour optimiser l’emballage et éviter les incidents », ajoute Daniel Gallina.

Une équipe experte 

Et tous les employés savent que le produit emballé doit être impeccable. « Nous connaissons tellement bien le marché que tous les employés sont devenus des experts. Entre un magazine ordinaire et un comic book, il y a une énorme différence. Pour les comics, les clients sont extrêmement exigeants », rappelle Claudine Imbeault.

« Le nerf de la guerre pour la BD, c’est la finition. L’enjeu, c’est de s’assurer qu’il n’y ait aucune imperfection, surtout pour les BD brochées. L’équipement n’est pas infaillible, les fournisseurs possèdent des machines similaires, mais ce qui fait la différence, ce sont les personnes qui travaillent ici, soutenues par une équipe de production exceptionnelle », souligne fièrement Daniel Moody.

Même si Transcontinental n’est pas responsable du contenu des bandes dessinées imprimées, l’œil affûté des employés leur permet de détecter des erreurs potentielles et d’en avertir l’éditeur. « Si nous imprimons et qu’il y a une erreur, ça part au recyclage et nous réimprimons. C’est très coûteux pour le client. Mais si nous trouvons une erreur avant l’impression, car l’erreur est humaine, alors là, nous devenons des superhéros », conclut Daniel Gallina.

À Boucherville, l’avenir de la BD, un secteur en pleine croissance dans le domaine de l’imprimerie, est entre de bonnes mains.